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Les Lycées d’Alès

Rédaction  :  Geneviève Padovani

LYCÉE  Jean-Baptiste DUMAS  d’Alès

Biographie de Jean-Baptiste DUMAS

Extraite du livre de la « Distribution Solennelle des Prix – Lycée d’Alais – 1902-1903″ :

 

 

 

 

 

 

 

Lycée d’Alais  – Cérémonies de fin d’année scolaire 1902-1903

Le 30 juillet 1903, M. AUSSET, proviseur du Lycée J.B. Dumas et Président de la distribution des Prix, prononçait le discours suivant :  « Le centenaire des lycées et la Réforme de 1902″  :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE LYCÉE ET L’ÉLÈVE

Livre de la « Distribution Solennelle des Prix – Lycée d’Alais – 1903-1904

Dans ce livre, sont consacrées 22 pages pour des « Conseils aux Parents » et 32 pages pour des « Conseils aux Elèves » !! Je vais simplement énumérer ci-dessous les rubriques traitées pour chaque partie et ce sera déjà un large aperçu !

« Coopération de la Famille & du Lycée 

Le travail de l’enfant à la maison  (Conseils aux Parents) :

- 1 – LETTRES  :  Sommaire :  -  1. Les parents sont les auxiliaires naturels du professeur.   – 2. Qu’ils sont compétents pour surveiller et diriger les études de leurs enfants.   – 3. Conseils pratiques : après la classe du matin ; après la classe du soir.   – 4. Comment on apprend les leçons.   – 5. Comment on prépare les explications latines et grecques et les explications françaises.   - 6. Comment on fait les devoirs.   - 7. Le thème.   - 8. La version.   - 9. La composition française.   - 10. Les lectures.   – 11. Conclusions

- 2 – SCIENCES :   a) Sciences physiques et naturelles  -  b)  Sciences mathématiques.

- 3 – HISTOIRE & GEOGRAPHIE

Education de l’enfant par lui-même (Conseils aux Elèves)

- I – Sommaire :  – 1. Qu’il ne suffit pas de faire appel aux parents : ce sont les enfants qu’il faut surtout associer à l’eovure de leur propre éducation.   – 2. Pourquoi l’enfant est mis au lycée : cette maison n’est ni une garderie, ni une fabrique de bacheliers ; c’est le lieu où l’on s’initie à la vie.   – 3. Comment s’opère cette initiation : passivité du disciple ou collaboration active.   – 4. A-t-on fini ses études lorsqu’on est bachelier ? Comment ils volent la société, ceux qui s’arrêtent de travailler après le baccalauréat. L’élève doit au lycée une collaboration complète : corps, esprit, âme.

- II – Sommaire :  – 1. Commencer par être un bon animal ; le corps n’est plus méprisé, mais certains le négligent encore ; la vraie santé ; l’hygiène. – 2. La propreté ; ustensiles de toilette ; ablutions du matin ; bouche, dents, oreilles, pieds, mains ; rapports de la propreté et de la morale.  – 3. Le costume.  – 4. Le maintien.  - 5. L’alimentation ; gourmandise, paresse et débauche.  – 6. le sommeil : danger des longues veilles.  – 7. Les exercices et les jeux.  - 8. La chambre : aération et respiration.  - 9. Le collégien soigneux de son corps sera un bon citoyen.

- III – Sommaire :   – 1. Les trois règles pour bien travailler.  – 2. Le bon moment ; danger des veilles ; réserver le matin et le jour pour les devoirs : le soir pour les leçons et les lectures.  - 3. La régularité.  - 4. Nécessité pour le collégien d’un emploi du temps plus sévère que pour le jeune employé.  - 5. La continuité de l’effort ; ne pas abandonner une besogne sans l’avoir achevée.  - 6. L’intensité de l’effort ; utilisation des moments perdus.  - 7. Le bon endroit : la chambrette et ses vertus.

- IV – Sommaire   - 1. La lecture ; précautions qui concernent les parents ; les mauvais livres ; le collégien doit brûler ceux qu’il rencontre.  - 2. Règles pour bien lire ; ne pas lire au lit ; lire debout ou assis, mais à une table et la plume à la main ; refaire le livre, le commenter, le digérer ; les notes ; Rabelais, Robertson et du Bellay.  – 3. La conversation ; c’est faute d’avoir de quoi alimenter les entretiens qu’on glisse aux vilains propos ; la lecture fournit l’aliment des conversations honnêtes entre camarades.  - 4. Le collégien doit converser avec tout le monde ; conseils de Montaigne.  - 5. La correspondance et le journal ; lire avec méthode invite à écrire, apprend à bien écrire, à bien penser, à bien vivre.  – 6. Ecrire à sa mère et à ses amis ; bienfaits de cette correspondance et de la correspondance interscolaire ; Quinet, Renan, Montalembert, Lamartine.  - 7. Le journal ; l’examen de conscience d’après Sénèque ; pourquoi pas écrit ? nos fils.

- V – Sommaire  :    - 1. Mener de front plusieurs apprentissages ; arts d’agrément, sports, métiers ; l’homme doit être un maître Jacques ; le proverbe « A chacun son métier, les vaches seront bien gardées » et J. Michelet.  – 2. Regarder faire les ouvriers et les remplacer : le père de famille doit s’entendre à toutes les choses du ménage ; aider le père et la mère ; il y a autant d’âme dans l’ustensile et l’outil que dans le livre.

-VI – Sommaire  :   – 1. En allant au lycée : la rue, il ne doit qu’y passer. La politesse : qu’on salue ; comment on salue. N’être pas assez poli, c’est n’être pas assez Français.  - 2. Dans le lycée : la tenue dans les couloirs, les escaliers, les cours ; respect dû aux camarades.  - 3. Le langage : l’argot ; mal parler, c’est déjà mal agir ; les vilains propos, les conversations criminelles.  - 4. En classe : où se place le bon élève. Une classe idéale, « fraternité ou coopérative ».  - 5. Dégradations et tapage.  – 6. La tenue en classe. Ardeur et enthousiasme de la jeunesse. Les leçons des Américains ; les Françaises, professeurs d’énergie ; les mères et les soeurs. »

Lycee d'Ales

Enseignement secondaire

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Rédaction  :  Edmée Fache

Alphonse Daudet à Alès

Au soir du 1er mai 1857, les joyeux accents du clairon lancés par le postillon, à tous les échos dans la rue d’Avéjan, annoncèrent l’arrivée de la diligence de Nîmes. Le lourd véhicule s’arrêta bientôt à son terminus de la Place d’armes (maintenant Place des martyrs de la Résistance) et les voyageurs s’empressèrent de descendre. Parmi eux se trouvait un tout jeune homme sur le point d’entrer dans sa dix-huitième année. De petite taille, pas un poil de barbe au menton, une abondante chevelure sortant de son couvre-chef, ses yeux de myope éclairaient un visage au teint mat, aux traits fins, d’une parfaite régularité. Ce jeune homme, Alphonse Daudet, venait solliciter au collège d’Alès une place de maître d’études.

ad1Louis Marie Alphonse, né le 13 mai 1840, était l’avant-dernier d’une famille de six enfants. Son père, négociant en soieries, fut l’un des premiers à faire l’impression des tissus et surtout des foulards, mais ayant fait de mauvaises affaires, la famille se trouva bientôt dans la misère. Le père, pour tenter de faire fortune, entraîne sa famille à Lyon où Alphonse fréquente le lycée Ampère. Ayant reçu de Nîmes l’avis qu’une place de maître d’études était vacante à Alès, son père pensa qu’Alphonse qui avait alors 17 ans pourrait y terminer son année de philosophie et passer son baccalauréat. Le jeune homme s’embarque donc sur le Rhône jusqu’à Beaucaire sur le « Bonnardel » puis prend la diligence pour Nîmes et Alès. Alphonse n’était muni que d’une lettre de recommandation de l’ancien recteur de l’académie de Nîmes.

En 1857, le principal du collège d’Alès était Ferdinand Roux, un homme digne, persuadé de l’importance et de la responsabilité de ses fonctions, cachant sous des dehors sévères un cœur très bon. Il appartenait au Conseil d’administration de l’Œuvre de la Miséricorde. Lorsque le jeune Daudet se présenta devant lui, il fut surpris par sa petite taille et son air de jeunesse. « J’avais demandé un maître, dit-il, voilà qu’on m’envoie un enfant ». La recommandation de l’ancien recteur et l’honorabilité de la famille Daudet eurent raison de ses réticences. Les maîtres d’études, que nous appellerions aujourd’hui maîtres d’internat ou répétiteurs, n’avaient pas un traitement fixe et précis. Daudet était logé dans la maison et recevait six cents francs par an plus la nourriture. Le collège où Daudet allait exercer était l’ancien collège situé rue du Collège (aujourd’hui rue Pasteur) dont les origines remontaient au XVIIIe siècle, Mgr d’Avéjan l’ayant fondé vers 1725. En 1889, ce collège devient le Lycée Jean-Baptiste Dumas.

Daudet commença ses fonctions le lendemain de son entrevue avec le principal. Une des premières personnes que vit le nouveau surveillant fut une vieille ridée, ratatinée, pliée en deux, avec d’énormes lunettes lui cachant la moitié du visage et qu’en pensée, il baptisa aussitôt « l’horrible fée aux lunettes ». C’était la mère de M. Roux dont les principes d’économie et d’austérité n’étaient pas toujours appréciés des élèves. Elle était protestante, et on la disait descendante de Jean Cavalier en ligne collatérale.

A l’exception du professeur de philosophie, du maître d’escrime et du surveillant général, Daudet eut peu de rapports avec le corps enseignant du collège. Le professeur de philosophie était un prêtre, « un original » dit le surveillant général. Le professeur de rhétorique, M. Coirard, était pratiquement aveugle. M. Piot, le surveillant général savait se faire craindre. Il avait écrit un cahier de règlement. Le jeudi et le dimanche, il emmenait les élèves à la Prairie, sans parvenir à les faire marcher en rang.

Tout d’abord, Alphonse Daudet eut la charge de la division des petits composée de trente-cinq élèves qui « n’étaient pas méchants », disait-il. Il leur racontait des histoires, ce qui déplut à M. Piot. Pendant la période où Daudet s’occupa des petits, il put travailler dans sa petite chambre, se bourrant de latin et de grec. Mais avant la fin de l’année scolaire, il quitta les petits pour s’occuper des moyens. Un cinquantaine de méchants drôles, montagnards et joufflus de 12 à 14 ans, grossiers, insolents, orgueilleux, parlant entre eux un rude patois cévenol. Daudet comprit qu’il était pour eux le pion, l’ennemi et ce fut la guerre !!! Le malheureux maître d’études avait essayé en vain la douceur. Tombant dans l’excès contraire, il se montra sévère (surtout quand il avait bu). Envahi, perdant pied, il se laissa même aller à battre un élève, ce qui lui valut pas mal d’inconvénients.

Suite à cet incident, Daudet demanda au maître d’armes, un certain Godet, de lui apprendre le maniement des armes. Godet, également professeur de gymnastique, fréquentait le café Barbette où il entraîna Daudet. Ce café situé sur la Place d’armes, au n°4, à l’enseigne « Café Antenor », Barbette étant le propriétaire,  était le café de la garnison (il a disparu vers 1930). Daudet y avait participé au punch d’adieu offert par celui qu’il remplaçait au collège.

Le goût de l’étude lui avait passé. En dehors des heures de classe, il courait s’enfermer chez Barbette d’où il ne sortait qu’au moment d’aller affronter les élèves. Il se grisait d’absinthe, jouait au domino et se rendait presque toujours à son étude la bouche pâteuse et l’œil « absinthé ». Il lui arrivait même, avec la complicité du concierge, de découcher lorsque les élèves étaient endormis. La vie dissipée d’Alès continuant celle de Lyon, M. Piot l’espionna et le dénonça. Daudet ne trouva pas d’autre soutien que celui de l’abbé Cassan chargé de la classe de philosophie dont les prédications avaient beaucoup de succès. Il passait pour un original mais, dans le collège, tout le monde le craignait, même M. Piot.

Les vacances arrivèrent et avec elles, la distribution des prix. En ce mois d’août, Alphonse Daudet aurait dû affronter les épreuves du baccalauréat. Hélas ! Les beuveries du Café Barbette et ses ennuis de jeune surveillant annihilèrent ses beaux projets. Alphonse ne se présenta pas. Pendant les cinquante jours de fermeture du collège, il travailla avec acharnement, séjournant à Lasalle puis à Nîmes chez des cousins. Mais les vacances prirent fin. Après la messe du Saint-Esprit, les classes recommencèrent le 7 octobre. Il lui fallut reprendre contact avec la division des moyens qui n’avaient pas changé.

admmeMalgré une situation très tendue, Daudet serait resté au Collège si un scandale n’avait pas éclaté. Des lettres enflammées furent trouvées. Etaient-elles destinées à Lucile ? Lucile Esperon, dont la famille tenait une ginguette à la Prairie ? Probablement. Le maître d’armes ayant reçu les confidences du jeune Daudet les rapporta au principal qui se sépara d’un collaborateur qui nuisait au bon renom de son établissement.

Daudet quitta Alès le 28 octobre 1857, par la diligence de Nîmes, et arriva à Paris, chez son frère, tard dans la nuit du 31 octobre au 1er novembre. Les pages qu’il a consacrées à son bien court séjour à Alès donnent l’impression qu’il n’y fut pas heureux. Il s’était fermé les portes de l’enseignement. La carrière des lettres lui fut plus favorable, surtout lorsqu’après quelques années de dispersion, il s’unit en 1867 à une femme dévouée, sensée et pratique dont l’aide et les conseils firent s’épanouir ses dons de romancier.

E. FONTANIEU – Un pion au collège d’Alès : Alphonse Daudet in Le Pays Cévenol n°1152 du 23/06/1984 – Alès

Arrivée du Petit Chose au Collège d’Alès

« [Alès] est une petite ville des Cévennes, bâtie au fond d’une étroite vallée que la montagne enserre de partout comme un grand mur. Quand le soleil y donne, c’est une fournaise ; quand la tramontane souffle, une glacière… Le soir de mon arrivée, la tramontane faisait rage depuis le matin ; et quoiqu’on fût au printemps, le petit Chose (1), perché sur le haut de la diligence, sentit, en entrant dans la ville, le froid le saisir jusqu’au cœur. Les rues étaient noires et désertes… Sur la place d’Armes (2) quelques personnes attendaient la voiture, en se promenant de long en large dans le bureau mal éclairé. A peine descendu de mon impériale, je me fis conduire au collège, sans perdre une minute. J’avais hâte d’entrer en fonctions. Le collège n’était pas loin de la place ; après m’avoir fait traverser deux ou trois rues silencieuses, l’homme qui portait ma malle s’arrêta devant une grande maison, où tout semblait mort depuis des années.

ad2« C’est ici » dit-il, en soulevant l’énorme marteau de la porte… Le marteau retomba lourdement, lourdement… La porte s’ouvrit d’elle-même… Nous entrâmes. J’attendis un moment sous le porche, dans l’ombre. L’homme posa ma malle par terre, je le payai, et il s’en alla bien vite… Derrière lui, l’énorme porte se referma lourdement, lourdement… Bientôt après, un portier somnolent, tenant à la main une grosse lanterne, s’approcha de moi.

« Vous êtes sans doute un nouveau ? » me dit-il d’un air endormi. Il me prenant pour un élève… Je répondis en me redressant : « Je ne suis pas un élève du tout, je viens ici comme maître d’études ; conduisez-moi chez le principal… » Le portier paru surpris ; il souleva un peu sa casquette et m’engagea à entrer une minute dans sa loge. […] Il prit sa lanterne, et je le suivis. Le collège me sembla immense… D’interminables corridors, de grands porches, de larges escaliers avec des rampes de fer ouvragé…, tout cela vieux, noir, enfumé… Le portier m’appris qu’avant 1789 la maison était une école de marine, et qu’elle avait compté jusqu’à huit cents élèves, tous de la plus grande noblesse.

Comme il achevait de me donner ces précieux renseignements, nous arrivions devant le cabinet du principal… M. Cassagne poussa doucement une double porte matelassée et frappa deux fois contre la boiserie. Une voix répondit : « Entrez ! »  Nous entrâmes. C’était un cabinet de travail très vaste, à tapisserie verte. Tout au fond, devant une longue table, le principal écrivait à la lueur pâle d’une lampe dont l’abat-jour était complètement baissé. « Monsieur le principal, dit le portier en me poussant devant lui, voici le nouveau maître qui vient remplacer M. Serrières ». «  C’est bien », fit le principal sans se déranger. […]

Un formidable bruit de ferraille m’arrêta dans mes effusions. Je me retournai vivement et me trouvai en face d’un long personnage, à favoris rouges, qui venait d’entrer dans le cabinet sans qu’on l’eût entendu : c’était le surveillant général. Sa tête penchée sur l’épaule, à l’Ecce homo, il me regardait avec le plus doux des sourires, en secouant un trousseau de clefs de toutes dimensions, suspendu à son index. Le sourire m’aurait prévenu en sa faveur, mais les clefs grinçaient avec un bruit terrible  – frinc ! frinc ! frinc ! -, qui me fit peur.

« Monsieur Viot, dit le principal, voici le remplaçant de M. Serrières qui nous arrive ». »

1: Alphonse Daudet, âgé de 17 ans, séjourne à Alès d’octobre 1857 à mai 1858, comme maître d’études au collège d’Alès
2: actuelle Place des Martyrs de la Résistance

Alphonse DAUDET – Le Petit Chose -  Gallimard, collection la Pléiade – Paris, 1986

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