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Ecole des maîtres mineurs

Rédactrice : Edmée Fache

L’Ecole des maîtres-mineurs

Dans le pays qui a ennobli les belles lettres et les sciences, l’enseignement technique n’est pas privilégié. De plus, bien que la Révolution française brouille les cloisonnements que l’Ancien Régime pose entre la conception, la direction de chantier et l’exécution, le Corps des Mines les revendique encore des décennies plus tard.

Un établissement d’enseignement technique concerne particulièrement le bassin houiller cévenol et St-Florent : l’Ecole des Mines d’Alès, dénommée à sa création Ecole des maîtres-ouvriers mineurs d’Alais.

En 1843, un débat national est engagé autour du bienfondé de l’enseignement professionnel et de la moralisation de la classe ouvrière. Dans ce contexte, l’école d’Alais ouvre ses portes pour former des cadres subalternes de l’industrie minière, face à la pénurie d’agents de maîtrise alors que s’organise l’exploitation du charbon en Cévennes. Le maître-mineur et le chef de poste sont des rouages essentiels dans l’organisation de la mine. La création de l’Ecole vise à former des agents compétents, éprouvés et connaissant bien la partie matérielle du travail. En donnant la possibilité à de jeunes mineurs expérimentés d’acquérir par des études un savoir théorique et technique complémentaire, elle entend obtenir le profil souhaité, tout en leur offrant une promotion sociale. Le concours d’entrée est donc ouvert à de jeunes travailleurs. Les connaissances exigées des candidats sont la lecture, l’écriture, les bases du calcul et une orthographe passable. La scolarité, partagée entre théorie et stages de terrain, s’étale sur deux années.

En 1845, la première promotion est installée, les 13 élèves sont boursiers, internes et portent l’uniforme. Les études, totalement gratuites, débouchent sur le brevet de maître-mineur. Le programme d’enseignement initial est modeste mais l’École exploite au mieux les solides qualités de ses élèves. En 1848, l’Ecole dispose de 4 enseignants : un directeur à temps partiel assisté de deux garde-mines répétiteurs et d’un surveillant des études. A sa création, l’école des maîtres-ouvriers mineurs d’Alès adopte l’alternance formation théorique adaptée à des adultes n’ayant suivi d’une courte scolarisation / stages pratiques dans les mines de la région où les élèves de l’école sont spécialement encadrés tout en travaillant comme les autres ouvriers. Cette formule sera l’un des atouts de l’école d’Alès qui l’appliquera pendant près d’un siècle.

Un soin particulier est apporté à occuper les temps morts des élèves internes par des loisirs créatifs : jardinage, sport, musique… Comme les ouvriers recrutéspar les compagnies minières, les élèves de l’école des maîtres-mineurs sont presque exclusivement catholiques et, jusqu’en 1881, le programme d’études inclut des cours de morale religieuse ! Les bourses attribuées à de nombreux élèves sont pour l’essentiel à charge des compagnies minières, le département du Gard et la ville d’Alès apportant un soutien non négligeable. Dès 1857, ses élèves sont demandés dans les colonies et à l’étranger. Ce succès contribue à accroître l’afflux de candidats en provenance de toutes les régions de France. De 1864 à 1891, de nombreux élèves de l’Ecole ont débuté à la mine à l’âge de 13 ans, parfois plus jeunes encore. Avec l’introduction de l’électricité et le développement du machinisme, l’exploitation des mines devient plus complexe. L’École doit adapter son enseignement à ces progrès. En 1883, les meilleurs élèves accèdent directement à l’emploi de garde-mines.

En 1885, l’association des anciens obtient la reconnaissance de la valeur de la formation reçue par l’attribution d’un diplôme reconnu par la profession. L’évolution technique incite les maîtres-mineurs à revendiquer le grade d’ingénieur. La concurrence entre les compagnies minières, la spécialisation des savoirs, une bonne maîtrise des aléas du terrain, tous ces éléments confortent les Alésiens dans leur désir de promotion sociale. En 1886, le brevet attribué à la sortie devient « diplôme de maître-mineur ». L’École continue à élever le niveau de l’enseignement délivré pour obtenir une consécration officielle et le nombre de candidats double entre 1907 et 1911. En 1913, les anciens élèves occupent souvent des fonctions de chefs d’exploitation, ingénieurs, sous-ingénieurs. Le recrutement ne s’adresse plus aux simples ouvriers mineurs. En 1914, l’École ferme ses portes jusqu’à la fin des hostilités.

Sources écrites :

  • L’Ecole des Mines d’Alès – Cécile TURION – Phénix Editions – 2002
  • Le Gard de la Préhistoire à nos jours, sous la direction de Raymond HUARD – Editions Jean-Michel Bordessoules, Saint-Jean d’Angély – 2003

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