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Sentiers et chemins avant 18e siècle

Rédactrice : Edmée Fache

Les sentiers de la vallée avant le 18e siècle

Dans les régions au relief accidenté comme la vallée de l’Auzonnet, les voies de communication ont de tout temps constitué une grave préoccupation.

Depuis la préhistoire, les troupeaux empruntent les vallées dans leur transhumance estivale vers la montagne. Les sentiers de la vallée de l’Auzonnet raisonnent du piètement des troupeaux de moutons qui la traversent pour gagner l’estive en montagne et pour en revenir. Béliers à cloche en tête, les bêtes talonnées par les chiens cheminent sous la conduite du berger.

Au Moyen-Age, la seule véritable voie de communication édifiée dans la vallée de l’Auzonnet est le sentier muletier qui suit la draille reliant le château de Portes et le Chemin de Regordane au château du Montalet et à la voie en bord de Cèze. Le trajet de bout en bout demande une journée. Des affenages (relais où le voyageur dispose de foin pour ses bêtes de somme) sont installés sur le chemin.

Les rares déplacements se font le plus souvent à but commercial. Les denrées sont transportées à dos de mule. Au cou de la bête en tête du convoi, une sonnaille s’entend de loin. Le harnais des mules porte la plaque propre à chaque muletier. Les surplus agricoles locaux s’échangent contre des produits de la plaine et d’Alès. De la montagne viennent châtaignes, huile, produits laitiers et salaisons. Au retour, les convois rapportent des articles manufacturés, des étoffes, des cuirs et des outils.

Au XVe siècle, le commerce s’intensifie en Cévennes. Par ces mauvais chemins, les opérateurs relient hautes et basses terres du Languedoc oriental. Saint-Florent est le point de départ de convois muletiers jusqu’à Beaucaire où les produits locaux s’échangent contre des biens importés. La haute vallée de l’Auzonnet résonne alors du bruit des martinets battant le fer. Ses pico-tachos (cloutiers) se sont spécialisés dans la fabrication des pointes de charpente et des clous pour semelle de chaussure. Leurs marchandises jouissent d’une solide réputation sur les foires et marchés d’Alès, Nîmes, Beaucaire et jusqu’en Provence. Tard dans la nuit, ils rentrent de ces marchés, comptant leurs écus et enjolivant pour leurs amis les boniments qu’ils ont débités pour attirer le chaland. Les pico-tachos (de tach, clou en langue celtique) du Martinet sont les plus célèbres de toute la vallée.

Sources écrites :

  • Les voies de communication en Cévennes in Encyclopédie des Cévennes n°5 – Marcel LIQUIERE – Alès, 1972
  • Le Martinet et la vallée de l’Auzonnet à travers les âges – Abbé Alphonse ALBOUY – Editions Notre-Dame – Nîmes, 1957

Les routes royales

Dans ses Mémoires pour servir à l’histoire du Languedoc, publiées en 1693, l’ancien Intendant du Languedoc Lamoignon de Bâville décrit les voies de communication en Cévennes :

« Le seul endroit de cette province [le Languedoc] où il manquait des chemins était le pays des Cévennes et du Vivarais, autrefois impraticable et nourrissant des peuples portés à la révolte, aujourd’hui soumis par les grandes routes qu’on y a pratiquées depuis quelques années. Elles pénètrent les coins des montagnes les plus inaccessibles, de manière qu’il ne s’y peut rien faire au préjudice de l’Etat qu’on ne le sache aussitôt et qu’on ne soit à portée d’y remédier […] Plus de cent chemins de douze pieds [environ 4 mètres] de large percent [le pays] ; toutes sortes de voitures vont maintenant commodément dans les lieux auparavant presque inaccessibles. Partout, on roule le canon et on apporte des bombes, si cela est nécessaire.»

Jusqu’à la fin du XVIIe siècle, les vallées cévenoles sont isolées du reste de la France car les Cévennes sont dépourvues d’un réseau de voies de communication praticables. Les routes ouvertes à partir de 1680 visent à faciliter la surveillance des cévenols, la répression des révoltes et la lutte contre la religion réformée. Leur construction et leur entretien incombent aux populations appelées à fournir main d’œuvre, outils et matériaux. Ces «  routes royales » sont en fait les vieux chemins et sentiers, élargis et redressés à la hâte. Ils restent soumis aux intempéries et, malgré les efforts déployés, nombre de lieux sont isolés à la mauvaise saison faute de pont pour franchir les rivières grossies par les pluies. Au grand dam des autorités, leurs habitants ne peuvent alors entendre la messe !

En 1685, Lamoignon de Bâville ordonne que de relier entre elles les trois voies qui depuis l’époque romaine, traversent les Cévennes dans le sens nord-sud : la Regordane, la voie d’Anduze à Florac et la voie de Soustelle à Barre-des-Cévennes. Des chemins secondaires partent de ce réseau et pénètrent jusqu’au fond des vallons. En 1693, l’abbé du Cheyla est nommé Inspecteur des chemins de traverse. Toutes les paroisses cévenoles doivent fournir maintes journées de corvée et supporter d’importantes taxes pour l’achat des matériaux nécessaires à l’entretien, la réhabilitation et l’amélioration des chemins royaux. La charge est très lourde et la révolte finit par éclater en 1702.

Après la Guerre des Camisards, le pays dépeuplé par la guerre et les exécutions, ruiné par la dévastation du 1703 (Le grand brûlement des Cévennes), n’est plus qu’un vaste désert. Les soldats sont retirés et les pouvoirs publics se désintéressent des chemins créés pour permettre leur circulation.

Dès qu’ils n’y sont plus contraints, les rares habitants qui subsistent cessent d’entretenir ces chemins qui leur ont apporté misère et persécution. A la veille de la Révolution, les Cévennes sont à peine plus accessibles que cent ans auparavant et le Chemin de Regordane s’estompe. Toutefois, quand l’Intendance du Languedoc ordonne en 1741 de déplacer vers la montagne les verreries implantées dans les basses terres (et de les inciter à substituer le charbon de pierre au bois de chauffe devenu trop rare), l’administration propose le site du Pradel, près de Saint-Florent, notamment au motif qu’il est « situé sur la grand route d’Auvergne en Languedoc où l’on voit passer tous les jours cent mulets chargés de marchandises… ».

Malgré quelques améliorations passagères, le développement de l’activité économique en Cévennes est freiné aux XVIIe et XVIIIe siècles par le mauvais état des chemins et des ponts, impraticables les trois quarts de l’année, qui empêchent l’écoulement des surplus agricoles et des autres productions.

Sources écrites :

  • Les voies de communication en Cévennes in Encyclopédie des Cévennes n°5 – Marcel LIQUIERE – Alès, 1972
  • Le Martinet et la vallée de l’Auzonnet à travers les âges – Alphonse ALBOUY – Editions Notre-Dame – Nîmes, 1957

Rédaction  :  Edmée Fache et Geneviève Padovani

CHRONO  :  LES  CHEMINS en Cévennes

7000 av. JC   :  Début de la transhumance des troupeaux de moutons par les drailles tracées par les animaux sauvages. Le chemin de Régordane est une draille.

4000-2500 av. JC :  Erection de mégalithes en Cévennes : dolmens, menhirs, allées couvertes, cromlechs, souvent près des drailles de transhumance.

700 av. JC    :   Le chemin de Régordane est emprunté par les caravanes de mulets des marchands celtes, arvernes et grecs transportant l’étain anglais.

Vers 950      :   Pour assurer la sécurité du chemin de Régordane, construction d’une forteresse à Portes sur les ruines d’un camp romain fortifié.

1100-1308   :   Le chemin de Régordane se développe : élargissement, nombreux ponts, pavage des calades… La sécurité est assurée par des soldats basés dans les châteaux jalonnant le chemin : les péages prospèrent !

1300             :   Un chemin muletier sillonne la vallée de l’Auzonnet, du château de Portes à celui de Montalet : le trajet demande une journée de marche.

1345             :   Le péage à Portes rapporte 100 livres tournois et les mines de fer de Palmesalade 120 livres tournois.

1360             :   Les « routiers » parcourent tous les chemins et dévastent le Gard.

1383             :   Insécurité sur les chemins à cause des « Grandes Compagnies ».

1450             :   Par la Régordane, les cloutiers de la vallée de l’Auzonnet vendent leur production à la Foire de Beaucaire.

Vers 1550     :   Organisation dans le royaume de la poste aux chevaux pour transporter le courrier : relais tous les 30 kms.

1596             :   Félix et Thomas Platter, botanistes suisses, visitent les Cévennes.

1668-1670   :   Après étude de la réhabilitation de la Régordane par l’Intendance du Languedoc, les travaux commencent.

1680             :   Ouverture de nombreux chemins en Cévennes.

1693             :  L’Abbé du Cheyla nommé Inspecteur des chemins de traverse : son assassinat entraîne la Guerre des Camisards

1752             :   Le chemin de Régordane est redevenu une « mauvaise sente muletière où il faut briser les charges ».

1783             :   Le prieur de St-Florent crée des ateliers de charité et soutient des travaux d’intérêt collectif (chemins) pour assurer un revenu aux chômeurs.

1829             :   Exploitation de la mine de Trélys : difficulté d’évacuation du minerai liée à la médiocrité de la route de la vallée de l’Auzonnet.

1837             :   Construction de la route Nationale 106 longeant le chemin de Régordane.

1866            :   St-Florent : Délibération votée pour construire le chemin vicinal n° 19 de Portes à St-Ambroix

1874            :   St-Florent : Délibération votée pour répartir 147.Frs ( !) à l’entretien de tous les chemins communaux.

1875            :   St-Florent : Délibération votée pour changer le chemin de moyenne communication n° 19 en grande Communication « considérant que l’Usine Chimique de St-Florent a suspendu ses travaux d’exploitation à    cause du mauvais état du chemin, d’où il est résulté pour le pays un manque de ressources qui peuvent se chiffrer au moins à 1000.Frs par jour, considérant qu’il existe dans la vallée de nombreuses concessions … qui de ce fait ne peuvent être exploitées ».

1880          :   M. Jappe met en service une diligence pour le transport des voyageurs et du courrier de St-Florent à Alès.

1907           :   Construction de la « route neuve » dans la vallée de l’Auzonnet.

Déc.1938    :   Fin du service voyageurs sur la ligne de chemin de fer Le Martinet-St-Julien-de-Cassagnas. Au départ de St-Florent, tous les voyageurs empruntent la route grâce à l’autobus.

 D’une part, les revenus de la commune de St-Florent (et autres de la vallée !) étaient insignifiants, et d’autre part, les autorités de tutelle (district et département) n’hésitaient pas à réduire considérablement les demandes faites lors de l’établissement du budget !  (cf. Richard Bousiges « Un village cévenol pendant la Révolution »)

 

Une réponse à Sentiers et chemins avant 18e siècle

  1. Bonjour à tous. Ce thème me tient particulièrement à coeur de part la manière dont j’ai été éduquée. Le côté visuel me séduit pareillement. Toutes mes éloges pour ce site internet et très bonne continuation. Sarah.

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