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Les croix des chemins

Rédactrice : Edmée Fache

Développées vers le XIe siècle avec l’émergence de l’art roman, les croix monumentales atteignent leur apogée au XVIe, à l’exception des croix de chemins et des calvaires qui s’érigent surtout au XIXe siècle. Au XIXe siècle, ces structures deviennent des lieux de rassemblement pour prier lors des fêtes religieuses (Fête-Dieu, mois de Marie ou Vendredi saint) ou pour solliciter la grâce de Dieu contre les fléaux de tous genres (guerres, épidémies, incendies, sècheresses).

Selon des récits qui apparaissent à partir de 350 (dix ans environ après la mort de Constantin Ier converti au christianisme en 337), c’est sainte Hélène, mère de de Constantin, qui aurait découvert la Croix de Jésus sur le Golgotha lors d’un pèlerinage en Palestine entrepris en 326. Constantin fait alors construire la première croix monumentale : une croix en or sur le mont Golgotha et Saint Jean Chrysostome déclare que la croix, jadis supplice infamant, est devenue le plus saint des emblèmes. Elle peut dès lors se développer dans le monde chrétien.

Au VIIe siècle, les moines irlandais  sont les premiers à faire de la croix un vrai monument sous la forme de stèles gravées. On assiste à une multiplication des croix à partir de 1095, date à laquelle le Concile de Clermont établit que le droit d’asile est étendu aux croix de chemins qui ont alors un double rôle de guide et de protection.

Aux carrefours, elles guident le voyageur et le protègent de l’inconnu et des mauvaises rencontres.

De nombreuses croix sont érigées à la suite d’une initiative privée, souvent par une famille aisée qui voulait à la fois affirmer sa foi et protéger les siens. Elle fait alors graver sur la croix son nom et son blason.

De formes, de tailles et de matières variées (bois, granite, aujourd’hui en fonte, fer forgé ou en ciment), les croix de chemins symbolisent l’acte de foi de la communauté.

Aux croix en bois, qu’on remplaçait pieusement tous les vingt ans environ lorsqu’elles tombaient, ont succédé des monuments de pierre, œuvres de tailleurs de pierre locaux. Ces artisans ont pu, grâce aux libéralités d’un propriétaire aisé, assurer une meilleure longévité à ces fragiles témoins de la piété des campagnes. Les croix de granit sont très variées : le type le plus largement représenté en France est la croix latine simple, avec ou sans iconographie, monolithe ou portée par un socle. Depuis le XIXe siècle, les croix de fer forgé, réalisées le plus souvent par le forgeron et le maréchal-ferrant du village, constituent de véritables œuvres d’art populaire souvent très sobre.

La croix érigée est bénie puis fait l’objet d’un culte, généralement sous forme de processions. Pour les croix dressées loin du bourg, le culte est simplifié mais certains villages restent attachés à leurs croix. A la fois réminiscence de la religion qui a dominé et signal fort d’une civilisation un peu disparue…, les croix témoignent de la présence humaine.

On distingue trois types de croix de chemin :

1 – Les croix de carrefour sont des croix de christianisation. Implantées à la croisée des chemins, guident le voyageur. Autres croix de christianisation : croix de places, de ponts, de sommets, de cols, de mégalithes, d’arbres, d’églises, de fontaines ou de puits… Certaines servent de pauses pendant des processions ou des rogations (1) où le curé s’arrête bénir les prés et les champs. Ainsi la croix des rameaux voit chaque année une procession très importante jusqu’à elle où l’on bénit le buis. Elles sont ornementées de quelques lignes de prières. Quelques croix de carrefour sont aussi des croix sur la voie des morts : de la maison du défunt à l’église, le convoi funéraire s’arrête à toutes les croix pour réciter quelques prières et permet une pause aux porteurs de la bière. A partir du XVIIIe siècle surtout, les Missions se multiplient dans les paroisses. On processionne largement puis, pour fêter dignement la clôture de la Mission, on érige une croix de mission dans un grand concours de foule.

2 – Les croix mémorielles sont des témoins. Lieu d’une mort brutale, ou au contraire d’un coup de chance.. Existent également les « croix de peste », qui rappellent et conjurent une épidémie, ou les « croix de pèlerinage », qui le plus souvent ne marquent pas une étape sur un trajet, mais rappellent le pèlerinage du donateur.

3 – Les croix de limite servent de borne. Entrée et sortie des villages sont normalement pourvues d’une croix, de même que toutes les limites, religieuses ou profanes.

 

1. Croix de carrefour

Le carrefour, dans de nombreuses symboliques, évoque un choix pour lequel il est facile de se tromper de direction, donc de tomber sous la domination des puissances maléfiques. C’est aux carrefours que l’on sacrifie aux Dieux, souvent en offrant des aliments. On y place des obélisques, des pierres, des pyramides, des statues, ou encore des croix faisant office de talisman protégeant le voyageur de l’inconnu et des mauvaises rencontres.

De nombreux mégalithes ont été christianisés par l’adjonction d’une croix. Plusieurs conciles ordonnent de détruire ces monuments païens, mais on préfère récupérer ces objets de culte et en changer la destination. Symbole catholique très répandu du XVIe siècle à nos jours, certaines croix sont très anciennes. Aux croix en bois, à remplacer tous les vingt ans environ lorsqu’elles tombent, succèdent des croix monumentales en pierre, œuvres de tailleurs de pierre de la région. Ces artisans ont pu, grâce aux libéralités d’un propriétaire aisé ou aux dons d’une paroisse, assurer une meilleure longévité à ces fragiles témoins de la piété des campagnes. Les croix se multiplient au XIXe siècle et sont particulièrement destinées à marquer les limites d’une paroisse et de ses différents hameaux ainsi qu’à rappeler au peuple l’importance de la religion.

Croix de mission : Dans le christianisme primitif, le terme « mission » désignait l’envoi du Fils (Jésus-Christ) de la part du Père (Dieu le Père) et l’envoi du Saint-Esprit de la part du Fils et du Père. Pendant longtemps, « mission » signifiait donc l’expansion de la religion chrétienne en vue de la fondation de nouvelles églises. L’interprétation de la mission qui fait aujourd’hui consensus parmi les Églises chrétiennes, permet une compréhension large et englobant une mission qui ne se limite pas à l’implantation d’églises. De nombreuses organisations chrétiennes nomment des missionnaires, les envoyant évangéliser des territoires difficiles où le christianisme, l’évangile et la Bible sont peu connus.  Après la tourmente révolutionnaire,  les représentants de l’Église catholique doivent restaurer la pratique religieuse. Le nom du prédicateur et la date de cette mission sont inscrits sur la Croix de mission.

Les croix de cimetière sont généralement assez ouvragées ainsi que certaines croix funéraires réemployées quelquefois en croix de chemin. Les croyants doivent se signer en passant devant et peuvent y demander protection ou y apporter des offrandes. Les croix de cimetière servent de stations lors des processions.

2. Croix mémorielles

Témoins, les croix mémorielles peuvent marquer le lieu d’un accident, d’un combat guerrier…

La croix de peste présente des excroissances symbolisant les bubons de la peste. Les personnes atteintes de la maladie y déposent une offrande et se frottent sur la croix. Espérant guérir par la grâce d’une intervention divine, elles font de la croix un vecteur de propagation de l’épidémie.

Les croix de pèlerinage témoignent d’un déplacement dédié à cette fin. En Languedoc oriental, les plus anciennes références à des pèlerinages remontent aux Chroniques sur le Chemin de Regordane. Au Moyen-Âge, les pèlerinages  sont le plus souvent des voyages solitaires ou en petits groupes mêlant les pèlerins à de nombreux commerçants et joingnant actes de piété et pratiques touristiques. Les pèlerins se dirigent généralement vers des sanctuaires locaux : au nord Le Puy en Velay, au sud Saint-Gilles, quelquefois pour y embarquer vers la Terre sainte.

Au col des Brousses, à la jonction entre les communes de Saint-Florent et Saint-Jean de Valériscle, la Croix de Mortisson a été érigée en mémoire des évènements douloureux survenus en ce lieux, au début du XVIIIe siècle.

3. Croix de limite

Les croix de limite servent de borne. Entrée et sortie des villages sont normalement pourvues d’une croix, mais toutes les limites, religieuses (par exemple les sauvetés au Moyen Âge) ou profanes, peuvent être ainsi matérialisées.

Au Moyen Âge, une sauveté était une zone de refuge délimitée autour d’une église par plusieurs bornes. À l’intérieur de ce périmètre, il était interdit de poursuivre les fugitifs. Les sauvetés sont à l’origine des bourgades rurales créées dans le midi de la France à l’époque des grands défrichements, entre le XIe et le XIIe siècle. Créés à l’initiative de l’Église dans le cadre du droit d’asile et de l’institution de la Paix de Dieu, elles jouissent d’une garantie de non-agression. Le mouvement communal en France prend de la vigueur et se développe dès le XIe siècle. Les sauvetés ont d’abord une fonction colonisatrice et de mise en valeur des terres. Lieu d’asile placé sous le contrôle d’une abbaye, d’un monastère ou d’un prieuré, elles deviennent au XIe siècle un lieu franc où l’immunité de l’individu est respectée. Considérées comme un prolongement permanent de la trêve de Dieu, elles offrent aux populations, à leurs biens et au travail de la terre la « securitas », en frappant d’anathème ceux qui la brisent.

Véritables villages neufs, elles ont pour objectif d’attirer et de fixer des populations agricoles afin d’occuper et de développer des régions essentiellement désertes. Les moines multiplient ainsi les enclos sacrés balisés par des bornes en pierre appelées « pyramides de sauveté » et surmontées de croix. De telles initiatives favorisent l’éclosion de nombreux villages, attirant parfois vagabonds mais surtout paysans du voisinage, qui cherchent refuge contre la violence des guerres féodales et qui se voient offrir des « libertas ».
(1) : Rogations = trois jours précédant immédiatement l’Ascension. Avant Vatican II, c’est le début de trois semaines pendant laquelle la célébration des mariages est interdite. Les fidèles se préparent en jeûnant à l’Ascension et les prêtres bénissent les cultures

Sources écrites :

Encyclopédie Wikipedia sur Internet

 

Rédactrice  :  Geneviève Padovani, d’après Mme Marie-Louise NICOLAS

Vers 1835-1840, le catholicisme a inauguré une période de renouveau, qui sous l’impulsion d’hommes tels le père Emmanuel d’Alzon, vicaire général de l’évêque de Nîmes durant plus de quarante ans, se concrétisa par une éclosion d’ œuvres à caractère social et d’enseignement. Cet élan marqua fortement la pratique religieuse. Ce fut le temps des missions, dans la seconde moitié du 19e siècle.

Presque chaque village eut la sienne, à l’issue de laquelle on érigeait une croix sur la place publique, dans le cimetière ou à la croisée des chemins.

Ce fut aussi le temps de grandes processions. A St-Florent, on fêtait notamment celle de la Fête Dieu et on faisait aussi la procession le jour des Communions et le 15 août.

Ces processions suivaient le circuit de la croix de la place de l’église, descendait à la croix de Gal, remontait vers le Martinet à la Croix du chemin de l’église pour aller jusqu’à la Croix de Chamgran et enfin revenir à la place de l’église.

A chaque croix, il y avait des oratoires et les enfants déposaient des fleurs et des pétales qu’ils portaient dans un panier.

Le circuit passant le long de la route départementale,  les processions cessèrent lorsque le trafic routier a été estimé trop dangereux pour les enfants, début des années 60.

Les Croix 1

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