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Clocher et cloches

Bénédiction des cloches de l’église de St-Florent – 23 octobre 2007

« A l’occasion de la réfection de notre église paroissiale et de la restauration de son clocher qui va bientôt retrouver sa flèche, cette touchante cérémonie qui nous a réunis pour célébrer la réinstallation de nos cloches, dont les appels nous manquent depuis le début des travaux, est le prétexte à faire un peu d’Histoire.

Les clochers qui hérissent nos villes et nos campagnes sont souvent le symbole même des villages. Ne parle-t-on pas de « querelles de clochers » ? Leur existence remonte au Ve siècle. Auparavant, les chrétiens, après des siècles de persécution, s’appelaient aux assemblées saintes au moyen de trompettes et de crécelles.

Notre clocher a été bâti en 1743. Ce qui nous l’apprend, hélas, est le décès d’Henri Besse dit Huguet, de Ribot, le maçon qui le bâtissait et qui en est malheureusement tombé.

Le 20 ventôse An II (10 mars 1794), notre église comme la plupart, fut victime de la Terreur Révolutionnaire : une délibération du Conseil de notre commune, pour participer à « la disparition des signes extérieurs du culte catholique annoncé de toutes parts, présage de l’anéantissement du fanatisme qui, jusqu’ici, a causé tous les maux à la République » (sic) décida d’enlever toutes les croix, sur la place et au bord des chemins. L’argenterie de l’église et la barrière de communion qui fermait le chœur furent envoyées à la fonte au profit de la jeune République. L’église fut convertie en temple de la Raison (le nouveau culte révolutionnaire) et le presbytère devint la maison commune (on dirait aujourd’hui la mairie)…

Quant aux cloches… L’une fut condamnée à être descendue et envoyée à la fonte, mais l’autre –la petite certainement- fut conservée pour sonner les heures et appeler aux réunions du Conseil de la commune « étant impossible de le faire au son des tambours », vu l’étendue de la commune !  La même délibération supprima le nom de Saint-Florent pour celui de « Florent » tout court, effaçant par là toute évocation religieuse.

Au rétablissement du culte catholique dans l’église, le 5 thermidor An III (23 juillet 1795), le clocher avait-il oui ou non perdu sa grande cloche ? On peut en douter car on ne retrouve pas trace de l’achat d’une nouvelle grande cloche. Ce qui est sûr, par contre, c’est qu’au XIXe siècle, il y avait bien deux cloches… Et qui furent plusieurs fois remplacées…

La « petite » cloche, que nous allons voir remontée aujourd’hui, date de 1823. Gravés dans le métal figurent les noms d’Etienne Malafosse, Curé de Saint-Florent, d’Antoine André, parrain de la cloche ; maire, il était alors le plus riche propriétaire de la commune et vivait au château de la Fougassière, de Jeanne Gilles née Pialat, marraine, et de Pierre Murjas, adjoint au maire. Le fondeur est Baudoin, d’Alès.

Cette « Jeanne » fondue en 1823 remplace une autre cloche plus ancienne, peut-être victime de l’orage car notre église fut dévastée par la foudre à cette date comme en témoignent les devis des importantes réparations réalisées sous la Restauration.

On trouve ensuite trace d’une « grande »  cloche remplacée sous Louis-Philippe. Le 17 novembre 1844, le Conseil de fabrique (les laïcs qui administrent les intérêts temporels de la paroisse), considérant que la grande cloche était accidentellement cassée depuis près de quatre mois, décida l’achat d’une nouvelle puisque la « petite » ne s’entendait pas des hameaux très éloignés (le Martinet faisait alors partie de Saint-Florent et n’avait pas d’autre église). Là où la cloche n’est pas, c’est bien connu, la communauté chrétienne se limite à une poignée d’individus. La Fabrique proposa de participer pour 500 francs. Compte tenu de la reprise pour refonte de la cloche cassée, le devis du fondeur s’élevait à 1.700 francs.

Le choix s’était porté sur une cloche de 600 kg pour laquelle Pierre Pierron, fondeur de cloches à Avignon, proposait son modèle dit « à l’avignonnaise » pour lequel le poids de la cloche était mieux distribué dans son volume. Ce modèle se passait donc du « mouton » ou contre poids, ce qui la rendait nettement plus maniable : on sonnait à la main ! Dans son devis du 6 novembre 1844, le fondeur allait jusqu’à prétendre que « pour ce qui est de la solidité de votre clocher, n’en soyez pas en peine, nous rendrons le mouvement de la cloche si doux au moyen de notre nouveau système, qu’elle pourrait tourner sur deux chaises ».  Il indiquait, en bon commerçant sûr de la qualité de ses produits, avoir fourni en cloches les églises des Vans, de Berrias et de Bordezac.

Le 5 janvier 1845, le Conseil Municipal vota l’acquisition d’une nouvelle cloche, ayant dressé la liste des plus imposés des habitants de la commune, et décida d’étaler la dépense de 1.200 francs restants sur trois années. Le 12 juin 1845, le roi autorisa la commune à s’imposer extraordinairement de ces 1.200 francs.

Restait alors à consacrer la nouvelle cloche à sa sainte mission. L’Eglise a l’habitude de séparer les choses profanes et de sanctifier par la prière les objets du culte. Pour bénir les cloches, elle a institué un rituel spécial qui remonterait au Xe siècle et qu’on appelle « baptême des cloches » par analogie au sacrement du Baptême. L’Evêque a seul le pouvoir d’accomplir ces cérémonies mais peut y déléguer un prêtre. On donne à la cloche le nom d’un saint ou d’une sainte, en principe le Saint Patron de sa marraine, puisque la cloche (nous l’avons vu pour celle de 1823) a un parrain et une marraine, personnes pieuses de la paroisse ou donateurs généreux.

Lors de cette cérémonie, le célébrant bénit l’eau mêlée de sel. Pendant qu’on chante des psaumes appropriés, il lave la cloche avec cette eau, en signe de purification : de là le nom de « baptême ». Ensuite, il fait à l’extérieur de la cloche sept onctions avec l’Huile Sainte des infirmes, puis à l’intérieur quatre onctions avec le Saint-Chrême. Toutes ces onctions symbolisent les dons et les grâces du Saint-Esprit que les fidèles, appelés par la cloche, viendront chercher dans l’église. Le célébrant, ayant bénit l’encens, place sous la cloche l’encensoir dont la fumée odoriférante doit imprégner le métal béni du parfum de la sainteté. Enfin, il demande à Dieu de lui donner la puissance et l’efficacité de sa voix et il la sonne par trois fois ; ce que font aussi après lui le parrain et la marraine, comme pour donner à la cloche sa mission.

La nouvelle « grande » cloche fut solennellement baptisée le 26 juillet 1846 des prénoms de « Marie Dorothée ». Son parrain fut Victor Richard, adjoint au maire, et sa marraine Dorothée Divol née Agniel. Le curé de Saint-Florent qui la baptisa était l’Abbé Taurelle, assisté pour l’occasion des Abbés Malarthe, curé de Saint-Ambroix, Malzac, curé de Saint-Jean de Valériscle, Giraud Desbains, curé de Rousson et Laurent, vicaire de Saint-Florent.

Malgré les assurances données par son fondeur d’Avignon, cette Marie Dorothée n’eut pas une longue existence.

« Caroline », la « grande » cloche que nous voyons aujourd’hui, prête elle aussi à retrouver sa place et sa fonction, date de 1877. Elle fut posée alors que le curé de Saint-Florent se nommait Henri Bedos et eut pour parrain Casimir Ginoux, président du Conseil de Fabrique et Conseiller municipal, et pour marraine Caroline Divol, Mère de la Congrégation du Tiers-ordre. « 

Sources écrites :
Discours prononcé le 23 octobre 2007 par Michel Gaultier de Coudouret lors de la bénédiction des cloches de l’église de Saint-Florent

Une réponse à Clocher et cloches

  1. benjamin dit :

    What a great blog

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