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Plan de l’Eglise et exposé

Rédactrice  :  Edmée Fache, après notes prises lors de l’exposé d’Alain CHEILAN

« Conception du plan d’une église romane »

Exposé présenté par Alain CHEILAN à Saint-Florent, salle Louis Aragon, le 27 mars 2011, à l’occasion du dixième anniversaire de notre association, célébré sur le thème des patrimoines saint-florentin et cévenol.

Alain Cheilan, ingénieur chimiste à la retraite, se passionne pour l’architecture religieuse médiévale et prépare une thèse de doctorat sur la métrologie des églises cisterciennes provençales. Son exposé se réfère à ses recherches personnelles, notamment sur l’église de Saint-Florent.

L’exposé du conférencier comporte cinq points :

  • La métrologie
  • Les calculs (au moyen d’un logiciel de calcul d’architecture)
  • Les résultats
  • L’interprétation des résultats
  • Le cas de l’église de Saint-Florent

Les constructeurs d’édifices ne disposent pas au Moyen-Age d’instruments de mesure universels. En effet, en 789, Charlemagne instaure un étalon universel de longueur : le pied-de-roi de 32,84 centimètres. Le pied est basé à l’origine sur le pied humain qui mesure les longueurs depuis 3.000 avant Jésus-Christ au Moyen-Orient puis en Occident.

Avec l’émiettement du pouvoir politique féodal, des étalons de mesure régionaux et même locaux se multiplient. L’étalonnage du pied (1) varie en fonction des régions, de l’époque et des références antiques choisies. En France, au XIe siècle, la longueur du pied-de-roi varie ainsi de 29 à 33 centimètres (2). L’étalon de longueur employé dans un édifice peut être propre à un maître d’œuvre. Après l’avoir adopté en apprentissage ou sur un chantier, le maître d’œuvre transporte sur lui un instrument matérialisant cet étalon de longueur, une règle ou une canne par exemple, à l’aide duquel il peut aisément transmettre ses ordres à des ouvriers peu instruits.

Les instruments de mesure des constructeurs d’édifices médiévaux sont souvent assez courts (moins d’un mètre). Le tracé des dimensions se fait par répétition d’une unité de mesure étalon.

Pour tracer les angles droits, les lignes parallèles, des segments de même longueur, des éléments circulaires…,  les concepteurs d’édifices médiévaux utilisent les recettes simples de la géométrie d’Euclide et de Pythagore, largement diffusées dans l’Empire romain, toujours bien connues.

Traditionnellement, les édifices religieux européens sont « orientés », le terme orienté étant pris au sens littéral de « tourné vers le soleil levant ».

Les tracés pour la construction ont pour point de départ une ligne droite, orientée Est-Ouest, sur laquelle est matérialisée la longueur totale de l’édifice en son milieu. Les études menées sur les édifices religieux médiévaux constatent que le tracé des éléments de maçonnerie débute toujours à l’Est de la ligne médiane. D’ailleurs, les mesures de la partie Ouest (située de l’autre côté de la ligne médiane) sont toujours moins précises que celle de la partie Est.

Pour retrouver le plan d’un édifice médiéval, il faut d’abord rechercher l’unité de mesure étalon (le module ou gabarit) utilisée par le concepteur du plan de l’édifice. Les dimensions des éléments de l’édifice sont des multiples (ou des sous-multiples) de ce module.

Un module est une unité de mesure conventionnelle adoptée pour délimiter les diverses parties de  la construction. Ici, la nef, le chœur, l’abside de l’église romane. Le module correspond à la plus petite commune mesure des dimensions des éléments composant l’édifice.

La prise des mesures nécessite la détermination des points essentiels de l’édifice dont certains peuvent être masqués par des aménagements ou réparations pratiqués après la construction. Ces points essentiels se situent à la jonction des différents éléments constituant l’édifice (l’intersection des quatre côtés de la nef, par exemple).

Appliqués à l’église de Saint-Florent, les préceptes ci-dessus permettent d’établir que :

  • l’édifice compte sept points essentiels (voir croquis)
  • le module est ici très proche de 60 centimètres (deux pieds romains classiques)
  • la distance de l’abside (3) au mur de façade est de 43,1 mètres,
  • la longueur de la nef(4) est de 35,6 mètres
  • la largeur de la nef est de ….. ? (pas noté)
  • le chœur occupe un demi-cercle dont le rayon mesure ….? (pas noté)
  • la distance entre l’angle de la nef et le début du chœur, à gauche et à droite de l’église mesure ….. ? (pas noté)
  • le mur de façade de l’église portant l’entrée principale de l’église n’est pas perpendiculaire à l’axe médian de l’édifice, l’angle à droite de l’entrée principale n’étant pas parfaitement droit, peut-être suite à la construction des chapelles latérales et/ou à des réparations et aménagements subis par l’édifice au fil des siècles.
  • l’axe médian de l’édifice n’est pas exactement orienté Est-Ouest, peut-être parce que la nature du sol (rocher ?) a contraint les bâtisseurs à décaler la construction vers le Nord.

Ceci étant, l’église de Saint-Florent suit bien le plan directeur d’une église romane édifiée au XIe ou XIIe siècle, comme cela ressort des archives retrouvées. A noter que les chapelles latérales de  l’Eglise, ajoutées bien après la construction de l’édifice, ne sont pas considérées dans l’étude.

 (1)     A noter que les unités de mesure en vigueur sous l’Ancien Régime sont utilisées en France jusqu’à la fin du XIXe siècle malgré l’instauration du système métrique à la Révolution.
(2)    séance tenante, Michel Gaultier de Coudouret, historien, indique que la valeur des unités de mesure en vigueur à Alès et sa région sous l’Ancien Régime est gravée sur la façade de la Cathédrale Saint-Jean à Alès
(3)    abside : extrémité du chœur
(4)    nef : partie de l’église, du chœur à la façade principale

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