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Montagne de Lacham

La Montagne de la Cham

Rédacteur : Abbé Alphonse Albouy

[ La montagne de la Cham (1) domine le village du Martinet, sur la rive gauche de l’Auzonnet, face à la montagne du Rouvergue qui borde la rive droite de la rivière. ]

« Ici se croisent tous les vents de la montagne, ici aboutissent tous les souffles qui passent sur les hauts lieux cévenols où la flore est d’une magnifique diversité. La lumière est sublime. Un vaste terroir entoure le sommet de la montagne, tourné vers lui dans une vénération séculaire. Que sa cime s’éclaire ou s’embrume, il prédit la pluie, le froid ou la neige ; selon le dicton local, il est le prophète du temps […]. Le plateau de Lachamp n’est cependant pas une petite Sibérie française plongée dans un océan de brumes et de frimas, ne laissant pénétrer les rayons d’un pâle soleil qu’à travers un prisme de vapeurs glacées. Le soleil y brille généralement plus que dans les basses vallées. L’air y est froid mais pur. Nulle part ailleurs, on respire mieux, à pleins poumons, ce vent céleste dont parle quelque part le romancier Maurice Barrès, qui pénétrant jusqu’au fond du cerveau, y éveille je ne sais quelles sensations d’espace et de liberté.

Il faut aller à Lachamp voir le lever du soleil mais, pour embrasser le panorama le plus étendu, c’est l’après-midi qu’il faut choisir, par une journée de vent du Nord, quand son souffle chasse les nuages vers la mer. D’un coup d’œil d’aigle, le panorama est immense et formidable.

Au nord, dans le lointain, ce sont les grandes tables calcaires des Causses du Gévaudan qu’entament les rainures profondes des canions du Tanargue, puis le Mont Lozère et plus loin encore, les chainons embrouillés des crêtes de la Margeride et de l’Aubrac. A l’est, au-delà des serres cévenols, c’est la plaine du Rhône, puis la haute borne du Ventoux qui reçut Plutarque, cap et vigie de tout le pays comtadin.

Au sud et au sud-est, la vue s’étend sans obstacle jusqu’aux Alpilles bleutées, enserrant la Durance limpide et le Rhône fougueux, vers l’immense bleue… Au couchant, dans un horizon limpide, le Château de Portes dresse ses murailles de rochers. Sa façade semblable à des falaises paraît défier le temps car, depuis des années déjà, le château, miné par les hommes chercheurs de charbon, s’écroule, menace de s’effondrer sur lui-même, sur ses assises mouvantes. Après l’enchevêtrement des Monts du Vigan, après la Serrane, le Pic St-Loup, on aperçoit au loin la plaine du Languedoc, frangée des étangs et de la mer bleue miroitant au soleil.

Parfois, tandis que le soleil resplendit, on jouit à Lachamp du magnifique spectacle de la mer de nuages sur les monts cévenols. Des vallées embrumées émergent quelques sommets comme des récifs ou des îlots, une féérie sous le soleil couchant. Dans les châtaigniers, s’isolent comme pour la prière, de vieilles métairies cévenoles, la plupart abandonnées. Les bosquets de chênes-verts environnants et l’abside romane de la Chapelle dorée par le soleil des ans, l’horizon majestueux captivent le promeneur ou le pèlerin et lui font aimer ce haut lieu cévenol, à l’horizon infini, aux paysages divers, aux lignes calmes.

Les pèlerinages paroissiaux, le 1er mai et le 2è dimanche de septembre, amènent toujours l’affluence. Tous les habitants de la vallée connaissent la montagne de Lachamp, coiffée de sa chapelle aujourd’hui surmontée d’un clocheton, au moins pour l’avoir contemplée de la route qui longe la vallée, en se promenant les soirs d’été. »

Alphonse ALBOUY in Le Martinet et la vallée de l’Auzonnet à travers les âges – Editions Notre-Dame – Nîmes, 1957

(1) : la Cham et non Lachamp ; l’occitan cham (prononcer tcham) se traduit par plateau inculte ou plateau pierreux, selon les précisions apportées par Pierre Mazodier lors de son Exposé sur la toponymie de St-Florent (le 26 mars 2011)

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