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La Grand Combe

Rédaction : Geneviève Padovani

La Grand’Combe

Eugène Germer-Durand : « Dictionnaire topographique du département du Gard » - 1868

« La Grand’Combe, chef-lieu de canton de l’arrondissement d’Alais.     Cette localité a été d’abord érigée en commune par une loi du 17 juin 1846, puis créée chef-lieu de canton par une autre loi du 18 mai 1858, qui a supprimé le canton de Saint-Martin-de-Valgalgue et atttribué à la Grand-Combe la circonscription de cet ancien canton.
-  Par suite de l’agglomération des ouvriers mineurs sur ce point central des exploitations houillères de l’arrondissement d’Alais, la Grand’Combe compte aujourd’hui une population de 10.000 âmes. »

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Abbé Etienne Goiffon : « Les paroisses de l’archiprêté d’Alais » édité en 1916

« Le doyenné de la Grand’Combe comprend cinq paroisses : la Grand’Combe, Champclauson, les Salles-du-Gardon, avec la Melouze, son annexe, Notre-dame de Laval et Sainte-Cécile-d’Andorge et deux chapelles paroissiales : La Levade avec Blannaves, son annexe, et le Pradel »

« Ce lieu autrefois désert est devenu le centre d’une des plus importantes exploitations houillères de nos contrées, ce qui a donné lieu à une agglomération qui comprend près de 12.000 âmes dont 9.282 catholiques et 1.550 protestants.  La Grand’Combe a été érigée en commune par une loi du 17 juin 1846 et en chef-lieu de canton civil par une autre loi du 18 mai 1858.
C’est aujourd’hui une paroisse chef-lieu de doyenné, par suite de la translation de ce titre qui appartenait à la paroisse de Notre-Dame de Laval.
Le service religieux commença dans cette localité dès 1847 ; ce ne fut cependant qu’au mois de septembre 1848 que, par l’accord de l’évêque de Nîmes et la compagnie houillère, un chapelain fut définitivement installé dans une église provisoire : ce fut
M. Jean-Alexis-Roch-Méjean qui fut chargé de cette fondation de paroisse ; son premier soin fut de préparer le dossier d’érection en succursale, les démarches faites dans ce but furent couronnées de succès, le 18 octobre 1850 et la succursale reçut pour vocable l’Immaculée-Conception de la Sainte-Vierge.

Vers le même temps furent appelées pour régir les écoles, les Frères des Ecoles Chrétiennes et les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul ; ces religieuses furent, en outre, chargées d’une salle d’asile et du soin des malades.  
Mgr Cart visita la Grand’Combe le 16 novembre 1851 et y fit la clôture du jubilé par une solennelle plantation de croix. Mgr Plantier y vint pour la première fois le 6 avril 1856 ; les paroissiens n’avaient encore pour lieu de réunion qu’une usine transformée en chapelle ; à cette époque, il y avait déjà 14 Frères et 16 Religieuses.


L’évêque manifesta le désir qu’une confrérie du Saint-Sacrement fût érigée et obtint de la Compagnie la promesse d’une église dont les proportions fussent en rapport avec l’accroissement quotidien de la population. Cette promesse n’attendit pas longtemps sa réalisation ; dès le 4 octobre 1857, les premiers travaux étaient achevés et
Mgr Plantier put bénir et poser solennellement la première pierre de la nouvelle église, au son du canon et de la musique d’Alais. Une grande procession eut lieu à cette occasion et l’évêque ne procéda à la cérémonie qu’après avoir prononcé l’un des ses plus beaux discours de circonstance. 
M. Méjean ne vit pas terminer l’édifice, il mourut âgé de 47 ans, le 21 mai 1858 ; il fut remplacé, le 20 juin suivant, par M. Joseph-Charles Serre, auparavant curé de Rochefort.
La Compagnie fit preuve de générosité et de goût dans la construction de l’église ; elle lui a fait donner la forme ogivale du XIIIe ou du XIVe siècle, de fort grandes dimensions et un mobilier fort convenable. L’Evêque de Nîmes,
Mgr Plantier, vint en faire la consécration solennelle, le dimanche 11 juin 1864. Les clefs de l’édifice lui furent remises, en présence de tous les chefs de l’exploitation, par M. Lusse, délégué du Conseil Général de l’administration auquel Mgr Plantier fit une réponse éloquente et flatteuse. La population reconnaissante fut tout le jour pleine d’empressement, de religion et de respect. Le lendemain 300 enfants reçurent le sacrement de confirmation.
(Archives de l’Evêché, Procès verbaux de visite pastorale).

L’église de la Grand’Combe mesure une surface intérieur de mille mètres carrés ; sa flèche porte la croix à une hauteur de 55 mètres.  M. Serre, après une longue et cruelle maladie, mourut à l’âge de 57 ans, le 21 juillet 1870, dans le presbytère de Pougnadoresse, chez l’un de ses frères, curé de cette paroisse ; la veille de sa mort, on lui apprit la définition du Concile du Vatican au sujet de l’infaillibilité pontificale, à laquelle il fit aussitôt une adhésion publique.

L’autorité diocésaine lui donna pour successeur M. Antoine Pelaud, alors chapelain de Rochesadoule, qui fut installé le 15 août suivant. Cinq ans après, M. Pelaud fut appelé à la cure de Saint-Jean-de-Valériscle et remplacé le 18 juin 1875 par M. Félix Alibert, alors curé de Salindres ; son administration fut de courte durée ; il mourut le 11 février 1877 et eut aussitôt pour successeur M. Honoré Fabre, titulaire de la cure de Saint-Etienne d’Uzès.

A ce moment, la paroisse de la Grand’Combe n’avait encore que le titre de succursale, dépendant du doyenné de Notre-Dame de Laval, quoique depuis le 18 mai 1858, un décret eut érigé cette importante commune en chef-lieu de canton.
La préfecture du Gard proposa à l’évêque de Nîmes de transférer à la Grand’Combe le doyenné de Notre-Dame de Laval. Les parties intéressées consentirent à cette translation qui fut définitivement conclue par un décret du 27 juin rendu sur un avis très favorable de Mgr BessonM. Fabre n’eut cependant le titre de doyen qu’un an après, lorsque M. Bieau, doyen de Laval, eut été transféré au doyenné d’Aramon.
En 1906,
M. Fabre est nommé chanoine titulaire et remplacé par M. Masson, auparavant curé de Saint-Martin-de-Valgalgues.

Le 1er octobre 1911, l’école des filles, dirigée par les Sœurs de Saint-Vincent-de-Paul depuis 1850, a été laïcisée ; à sa place a été créée une école libre chrétienne.   L’école de garçons est encore aujourd’hui dirigée par les Frères des Ecoles Chrétiennes. »

 

« Champclauson

Champclauson, section de la commune de la Grand’Combe, a une population de près de 1.300 âmes dont 118 catholiques et 147 protestants.
D’accord avec la Compagnie des Mines, l’autorité diocésaine ne pouvait laisser un centre si considérable sans service religieux. Dès que la Grand’Combe fut érigée en succursale, Champclauson devint chapelle vicariale desservie d’abord par un prêtre étranger au diocèse de Nîmes, nommé
Boisson, en 1853 et 1854.
Une église mélange d’ogive et de plein cintre avait été construite et avait reçu sa bénédiction en 1852. Bientôt un presbytère permit  de mettre à Champclauson un prêtre résidant et
M. Jean Brignan y continua les fonctions ecclésiastiques, à titre de chapelain, à partir du 1er juin 1854.
L’église de Champclauson obtint le titre de succursale, par décret du 25 mai 1878.
M. Brignan y resta comme curé jusqu’à sa mort, survenue le 11 janvier 1890 ; il avait alors 65 ans. On peut dire qu’il avait tout créé dans cette paroisse desservie par lui pendant près de 40 ans.
Il y avait établi, en janvier 1878, une confrérie de la Ste-Vierge qu’il fit canoniquement ériger par l’autorité diocésaine.   
M. Joseph-François Paul succéda à M. Brignan, dont il avait été le coadjuteur pendant plus de quatre mois ; il fut transféré à Tamaris et remplacé, le 1er novembre 1898, par M. Gustave-Léon Rouveirol, auparavant curé de Carnas. »

 

« La Levade

La Levade est une section de la paroisse de la Grand’Combe où se trouvent les bâtiments de la direction des Mines et une population avec Blannaves, son annexe, de 1.286 catholiques et de 800 protestants.
La Compagnie minière, désireuse de favoriser les pratiques religieuses, y fit construire, en 1879, une fort belle chapelle de secours et un presbytère et demanda à l’évêque de Nîmes d’établir en ce lieu une chapellenie avec un prêtre résidant ; cette demande approuvée par les conseils de Fabrique de la Grand’Combe et de Sainte-Cécile-d’Andorge, paroisses auxquelles la chapellenie emprunterait des parties de territoire, reçut de
Mgr Besson une réponse favorable par l’ordonnance qui suit et qui est datée du 29 novembre 1880. 
« Nous, François-Nicolas-Xavier-Louis Besson évêque de Nîmes, Uzès et Alais ;
vu la demande à nous adressée par les habitants de la Levade, paroisse de la Grand’Combe, pour l’érection en ce lieu d’une chapellenie sous la direction d’un prêtre résidant………..
Vu le plan des lieux et la conformation des diverses vallées qui entourent l’église nouvellement construite par la Compagnie houillère, au hameau de la Tronche……
Considérant que les catholiques de la commune de Branoux-Blannaves sont presque tous très rapprochés de la nouvelle église et fort éloignés de celle de Sainte-Cécile dans laquelle ils ont jusqu’ici rempli leurs devoirs religieux ; Considérant qu’il en est de même pour l’un des quartiers de la paroisse de Sainte-Cécile ;
Par ces motifs, Nous avons établi un prêtre résidant à la Levade, avec les pouvoirs ordinaires de succursaliste et l’avons chargé des fonctions du saint ministère en faveur des habitants des points ci-dessous désignés :
1° La combe de la Tronche, section de la paroisse de la Grand’Combe, délimitée par une ligne droite partant du sommet de la montagne des plans de la Tronche et aboutissant au roc des Banazet, par une ligne partant de ce roc, suivant la crête de la montagne et descendant jusqu’au Gardon ;
2° la partie de la paroisse de Sainte-Cécile renfermée entre la paroisse de Champclauson et le vallat des Luminières ;
3° la commune de Branoux-Blannaves qui fait actuellement partie de la paroisse de Sainte-Cécile ; et sera la présente ordonnance notifiée à MM. Les Curés de la Grand’Combe et de Sainte-Cécile qui la transcriront sur les registres de leur paroisse ».
Dès le 12 du même mois de novembre, la nouvelle paroisse fut confiée aux soins de
M. l’abbé Joseph-Eugène Gache, précédemment aumônier à Nîmes ; le zèle qu’il déploya en toutes circonstances lui valut, le 28 avril 1901, le titre de doyen honoraire. En 1906, il se retira dans l’abbaye de Lérins où il mourut le 25 février 1910, à l’âge de 69 ans. Il eut pour successeur l’abbé Bascou, auparavant aumônier du couvent de la Présentation d’Alais. »

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Création de la Grand’Combe

La création de la ville de la Grand’Combe fait suite à de nombreux découpages de communes voisines, déjà elles-mêmes démembrées à plusieurs reprises.

A l’origine, le lieu où se situe actuellement la Grand’Combe, faisait partie de la paroisse de Saint-Andéol, qui est appelé en 1709 « Saint-Andéol, Troillas et Mas-Dieu », en 1720 « Saint-Andéol de Troulhas » et en 1774 « Saint-Andéol de Troulhas et Le Pradel », le Pradel étant lui-même un lieu-dit de Notre-Dame de Laval. C’est seulement en 1937 que cette dernière commune prendra le nom de Laval-Pradel.

Les premières concessions cévenoles de charbon ont été créées dans la région de la Grand’Combe dès 1782 pour voir leur développement prendre un grand essor en 1837 avec la création le 27 juillet de la « Compagnie des mines de La Grand’Combe et des chemins de fer du Gard » qui réunissait toutes les différentes sociétés déjà existantes (Champclauson, La Fenadou, Trescol et Pluzor, St-Jean-de-Valériscle..). Cette compagnie ayant à sa tête Paulin Talabot, leur permettait de faire force pour obtenir la construction d’une ligne de chemin de fer d’Alès à la Grand’Combe et d’ainsi développer de façon efficace et rapide la vente du charbon. Cette portion de voie ferrée ouvrit le 10 août 1840 et les premiers grands travaux miniers commencèrent en 1841. Ainsi donc, tant pour la construction de puits et bâtiments annexes que pour l’extraction et autres traitements du charbon, fallut-il énormément de main d’œuvre, qui amena tout d’abord des ouvriers venus des départements voisins, Lozère et Basse Ardèche. A cette époque, le site futur de la Grand’Combe n’était composé que d’une quinzaine de mas perdus parmi les châtaigniers et les faïsses (Mas Salavert, Le Riste, Le Brugas, Le Fesc…) ou bien groupés en petits hameaux comme L’Arboux, La Clède, La Pise ou Trescol.

Dès 1843, les dirigeants de la Cie font des démarches auprès du Préfet pour obtenir la création d’une nouvelle commune. En contrepartie, à la demande du Préfet, la Cie s’engageait à construire une mairie, une église, un temple, une école et toutes les infrastructures administratives et économiques. Pour ce faire, il fallait récupérer du terrain sur les communes voisines, principalement les Salles du Gardon (sur 3.720 habitants, 2.281 rejoignirent la commune de la Grand’Combe), Portes, Laval-Pradel (à cette époque, appelée Laval) et Sainte-Cécile-d’Andorge.

Ainsi parée, La Grand’Combe vit officiellement le jour le 17 juin 1846 et devint la plus grande ville du canton avec ses 3.545 habitants, alors que Saint-Martin-de-Valgalgues en était encore le chef-lieu.    Le nom de « Grand’Combe » vient du nom d’un ruisseau qui se joignait à celui d’Abilhon, appelé aussi « Sans Nom » !! Il coulait entièrement dans une galerie couverte et traversait la vallée où furent construits les principaux ateliers de la Mine.

La première mairie fut hébergée dans un local de la Cie dont le directeur fut le premier maire et les ingénieurs les premiers conseillers …. et cela ainsi, durant 59 ans !! Ainsi les relations Commune-Compagnie Minière étaient-elles assurées dans la sérénité !!…

Cependant la Cie faisait un maximum d’efforts pour offrir à ses employés une vie plus facile afin de ne pas perdre un personnel insuffisant. Mais elle essayait aussi de « maîtriser » et « éduquer » ces cévenols qu’elle trouvait un peu trop « rustres »…. Et entre autres, elle afficha, en bordure du Gardon,  5 panneaux avec l’inscription suivante : « Il est interdit de se baigner sans caleçon » …..

Avant la construction de l’église au Plan de Bouzac,  consacrée et ouverte au culte le 12 juin 1864 après six ans de travaux, l’Abbé Méjean put servir l’office dès le 13 septembre 1849, dans un local de la Cie. La chapelle de La Levade, quant à elle, fut consacrée le 7 novembre 1879.
En 1852, le culte protestant put être pratiqué pareillement dans un bâtiment provisoire …. jusqu’au 23 mars 1868, date à laquelle s’ouvrirent les portes du temple de Trescol !…
Et dès 1849, la première école chrétienne commença l’instruction des enfants.  Tout fut mis en œuvre pour satisfaire la population mais surtout le personnel qui faisait cruellement défaut et coûtait cher en formation.

En 1851, cette population présenta une pétition pour que la Grand’Combe devienne chef-lieu  à la place de Saint-Martin-de-Valgalgues et en 1855, après de houleuses manifestations, le Préfet céda à la demande. La loi faisant la Grand’Combe chef lieu de canton, fut votée le 18 juillet 1858 :  la population était alors de 9.367 habitants. Et La commune s’agrandit encore le 24 juillet 1860, avec l’apport du village de Champclauson, pris à la commune de Portes, ce qui fit de la Grand’Combe, en 1866, la 4ème ville du Gard.

Pour faciliter la communication entre les deux rives du Gardon, la compagnie fut autorisée le 20 octobre 1874 à construire 2 ponts pour remplacer ceux en bois qui étaient régulièrement emportés à chaque crue. Celui de La Levade, commencé en juillet 1874 et terminé en mai 1875, résista jusqu’en 1858 (83 ans !) pour être remplacé par un pont en béton. Celui de La Pise mis en chantier le 18 mai 1876 fut achevé en décembre 1877.
Les besoins en eau grandissants, la compagnie installa une station de pompage dans le Gardon en 1895 et fut mise en service…. 29 ans plus tard, en 1924 !!

Les premiers mineurs, tous issus de la Lozère et la Basse-Ardèche, furent rejoints, après la première guerre mondiale par près de 1.200 prisonniers allemands, qui, pour la plupart, repartirent chez eux. Le manque chronique d’ouvriers obligea la compagnie à créer un service de travailleurs coloniaux chargé de recruté dans les pays en difficulté. Les premiers furent les Polonais, suivis en 1920 par les Espagnols et les Italiens, puis en 1926 par les Tchèques et en 1936, les colonies apportèrent 60% du personnel avec l’arrivée des Nord-Africains. Toutes ces personnes étaient destinées aux travaux les plus durs, essentiellement au fond pour l’arrachage du charbon.
La mine étant en partie électrifiée en 1898, la ville le fut en 1908.
Les bureaux de la mairie qui se situaient dans les locaux de la compagnie furent transférés en 1920 lors de l’ouverture du nouveau bâtiment.
La Grand’Combe connut son pic de densité de population en 1954 avec 14.565 habitants pour chuter en 1982 à 8.329 habitants.

Sources : « Les mines des Cévennes » de Michel Vincent – Impr. Delta color, Nîmes, Gard – oct. 2006

 

 

 

 

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