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Extraction du charbon en Cévennes

Rédaction  :  Edmée Fache

Le charbon en Cévennes

Le pouvoir calorifique du charbon de terre est connu depuis longtemps puisque la houille est utilisée en Chine douze siècles avant notre ère, dans la métallurgie du fer et pour le chauffage domestique. Au IVe siècle avant J.-C., Théophraste indique dans son traité Sur les pierres, que des forgerons athéniens chauffent les métaux qu’ils travaillent en brûlant du charbon « de pierre » extrait au pays des Ligures, près du port de Marseille… Les Romains utilisent peu le charbon mais, là où il abonde, l’usage du charbon pour le chauffage domestique se répand dès l’antiquité tardive (VIe-VIIIe siècles).

En Cévennes, des filons de houille affleurant la surface du sol abondent. D’autres veines sont souterraines. Elles se situent alors sous des gisements de minerai de fer connus depuis l’Antiquité. Dans la vallée de l’Auzonnet, les premiers textes officiels mentionnant l’extraction du charbon sur les terres du seigneur de Portes datent du IXe siècle. Au XIIIe siècle, les forges et les fours à chaux emploient le charbon exploité. Malgré les odeurs de souffre, des habitants de la vallée se chauffent en brûlant du charbon dans des poêles en terre. Fragiles, ils se brisent souvent et déclenchent des incendies. Ce n’est pourtant que cinq siècles plus tard que le seigneur de St-Florent impose l’usage des poêles en métal munis d’un tuyau d’évacuation des fumées pour le chauffage domestique.

L’enquête ordonnée en novembre 1247 par Louis IX consigne la présence de charbon à Portes (Trélys), St-Jean de Valériscle, Trouillas… En 1413, un édit royal préconise l’emploi du charbon de terre dans la métallurgie mais le roi se réserve le privilège d’autoriser l’exploitation minière. A partir de 1430, la production se développe autour d’Alès. En 1455, un édit royal exempte d’impôts les maîtres de mines et de forges.

Jusqu’à la Révolution, l’extraction du charbon reste artisanale, le matériel sommaire et les méthodes d’extraction figées. Les galeries, boisées avec les essences trouvées sur place, suivent le filon sur une courte distance. Elles sont creusées en pente légère vers l’entrée afin de permettre l’écoulement naturel des eaux d’infiltration et mal ventilées par un courant d’air grâce à des cheminées vers la surface. Les conditions de travail des mineurs sont rendues pénibles par les eaux d’infiltration et la poussière présente dans les galeries où les effondrements et les coups de grisou sont fréquents. Superstitieux, ils implorent la protection de leur patronne Sainte-Barbe.

Moyennant paiement d’une redevance, les propriétaires terriens louent leurs « charbonnières » à des exploitants qui commercialisent la houille. En 1651, le seigneur de St-Florent autorise « les maîtres cloutiers et maréchaux-ferrant du village à prendre du charbon [de terre] pour leur usage » sur ses terres. Malgré les destructions liées aux troubles religieux en Cévennes qui perturbent l’exploitation du charbon de 1650 à 1730, le charbon alimente les industries locales : les martinets, les filatures, les fours à chaux, les fabricants de creusets pour la fonte du minerai d’argent, la verrerie du mas de la Nougarède à St-Jean de Valériscle… En effet, en 1732, Louis Gilly, propriétaire de cette verrerie et d’une filature de soie à Saint-Jean, innove en remplaçant le bois par du charbon pour chauffer les fours et les cuves à dévider les cocons. A St-Jean, l’exploitation du charbon reprend petit à petit en 1730. En 1750, 80 chantiers d’exploitation de mines de charbon sont ouverts dans le bassin houiller cévenol. La production, globalement faible, doit y surmonter un obstacle majeur : l’acheminement du minerai par convois muletiers sur des chemins inadaptés. Entre Saint-Ambroix et Alès, les frais de transport enchérissent de 75% le prix du charbon. A St-Jean, l’exploitation du charbon est dangereuse et indisciplinée, les galeries peu étayées s’écroulent souvent, tuant de nombreux mineurs.

En 1770, François de Tubeuf, bénéficiaire d’immenses concessions minières en Cévennes, rencontre la résistance des anciens propriétaires et se heurte aux privilèges consentis au frère de Louis XVI, vicomte de Portes. Pourtant, Tubeuf apporte des techniques d’extraction innovantes et plus sûres. Des restrictions sont apportées à ses droits et à ceux de ses descendants. Découragé, François de Tubeuf s’exile en 1791 en Virginie où il est tué par les Indiens.

En 1800, face à la raréfaction du bois, le pouvoir décide de relancer l’extraction de charbon. L’impulsion donnée permet le démarrage de l’exploitation industrielle du charbon cévenol. De 1815 à 1832, l’essentiel des concessions du bassin houiller cévenol est accordé. Dans un premier temps, les concessionnaires travaillent isolément pour alimenter le marché local puis, des regroupements s’opèrent au sein de la branche. En 1830, l’exploitation demeure faible.

L’Etat commet Paulin Talabot pour étudier les obstacles au développement de la production cévenole. Le secteur souffre du peu de capitaux qu’il mobilise, de l’insuffisance des voies de communication pour évacuer une production pondéreuse et du manque de main d’œuvre. Chargé de rechercher des solutions à ces difficultés, Talabot propose en 1832 la construction du chemin de fer Alès-Nîmes-Beaucaire afin de rejoindre la ligne Lyon-Marseille et d’alimenter Marseille en charbon cévenol. La voie ferrée se construit de 1838 à 1840. L’économie du bassin houiller décolle avec l’afflux de 1838 à 1842 de capitaux parisiens (Banque Rothschild), lyonnais et marseillais.

L’expansion de la Société des fonderies et forges d’Alès, qui utilise le coke produit à partir de charbon et minerai de fer locaux, participe au développement de l’extraction cévenole. En 1858, la voie ferrée Alès-Bessèges ouverte en 1858, puis l’embranchement de cette ligne de Saint-Julien de Cassagnas au Martinet ouvert en 1880 complètent le réseau de communication entre zones d’extraction et zones de transformation. Grâce au dynamisme industriel régional et au protectionnisme douanier contre le charbon anglais, l’économie se développent. En 1880, les industriels décident de produire davantage de charbon, mieux et à moindre coût. Pour cela, il leur faut améliorer les techniques d’intervention, mécaniser les travaux que l’utilisation de la vapeur peut rendre plus productifs et augmenter la qualité et la quantité de main d’œuvre chargée de l’extraction du charbon.

Les compagnies minières cévenoles recrutent de la main d’oeuvre hors du bassin, essentiellement en Ardèche et en Lozère et emploient des femmes et de nombreux enfants. Les rémunérations servies sont très faibles, les mineurs étant d’abord payés à la tâche puis, à compter de 1910, à l’heure. La répression sévère des mouvement sociaux des mineurs retardera la concession d’améliorations dans les conditions de travail et la couverture sociale. Le charbon anglais, couvre 50% de la consommation française. Son prix de revient comme celui des charbons belge et allemand est inférieur au prix de revient du charbon cévenol, notamment du fait des difficultés d’extraction.

En 1914, la guerre crée le chaos dans la production du fait du départ massif des mineurs mobilisés, de la réquisition des voies ferrées pour le transport des troupes… La Mine cévenole mettra près de deux ans à se réorganiser tandis que le bassin houiller du nord envahi cesse de produire. Après la guerre, la France a besoin de grandes quantités de charbon pour se reconstruire. L’entrée en masse de charbons étrangers contribue en 1929 à la crise de surproduction. Le prix de vente du charbon chute entrainant baisse du salaire et licenciement de mineurs. De 1931 à 1936, les Compagnies de Bessèges et de la Grand Combe licencient 4.000 mineurs. En 1936, le secteur du charbon connait une reprise fragile. L’Entre-deux-guerres voit la part des languedociens chuter dans le capital des compagnies minières et leur dépendance croître vis-à-vis de Rothschild, Schlumberger… Le maître-mot devient l’augmentation de la productivité.

Après les perturbations amenées par la seconde guerre mondiale, la nationalisation des houillères est décrétée. L’immense besoin énergétique du pays fait demande de grands efforts aux mineurs de charbon ; les syndicats se mobilisent tandis que les fortes indemnisations versées aux anciens propriétaires des mines font grimper le prix de revient du charbon.

Les installations d’extraction et de traitement du charbon sont modernisées par le biais de l’électrification, des transferts de technologies venant d’autres bassins houillers mais les charges financières et salariales françaises dépassent celles d’autres pays producteurs. Les rendements s’améliorent. Les étais métalliques qui remplacent le boisage des galeries de mine réduisent nettement les cas d’effondrement. Toutefois, la mécanisation n’a pas que des avantages. Elle favorise les dégagements de grisou et accroît la quantité de poussière produite, notamment en perçant la roche. Ce second phénomène multiplie les cas de silicose chez les mineurs. Enfin, le charbon est concurrencé par d’autres sources d’énergie : pétrole, gaz naturel, atome, hydraulique… En 1949, le charbon couvrait 80% des besoins énergétiques français, en 1954, seulement 60%.

L’économie est en pleine mutation et 1954 voit la fermeture des premières mines cévenoles. En 1960, les coûts d’extraction à ciel ouvert du charbon sont largement inférieurs aux coûts d’extraction dans les mines cévenoles. En 1968, le plan Bettancourt est chargé d’étudier comment en finir avec le déficit chronique des Houillères. En 1970, le charbon demi-gras destiné à l’industrie est épuisé, reste l’anthracite employé pour le chauffage. Les hauts-fourneaux cévenols ferment, puis la centrale électrique thermique s’arrête en 1981. Jusqu’en 1986, les derniers puits s’arrêtent l’un après l’autre. Le coup de grâce a été donné par le choix du nucléaire pour la production d’électricité.

Si, progressivement, elle assure le plein emploi des travailleurs, leur couverture sociale et des avantages en nature non négligeables, l’exploitation du charbon, constitue une importante source de pollution de l’air et de l’eau. Les maladies des poumons déciment les travailleurs. Poussières et rejets des cheminées d’usines masquent souvent le soleil méridional tandis que disparaissent les poissons, tant de l’Auzonnet que de la Cèze et des autres rivières du bassin alésien.

Dans la haute vallée de l’Auzonnet, l’exploitation industrielle de charbon est entreprise sur quatre sites aux XIXe et XXe siècles : St-Jean de Valériscle, Trélys, Les Mages et St-Florent.

Sources écrites :

Les mines des Cévennes – Michel VINCENT – Terre cévenole – St-Hilaire de Brethmas, 2006Balade en sol mineur.
Histoire des mines du bassin houiller d’Alès – Hubert RIVELAINE – Le Plein de sens Editions – Montpellier, 2003

 

Rédaction  :  Geneviève Padovani

CHRONO  DES   MINES   DE   CHARBON

Depuis des temps très anciens, le « charbon de pierre », appelé ainsi autrefois, a été exploité, d’abord par les propriétaires selon le droit coutumier. Rapidement les seigneurs locaux mirent fin à ce droit en s’octroyant celui d’arrenter les terrains, sans tenir compte des propriétaires, à d’autres particuliers moyennant des redevances annuelles (« cens ») ou en partage de production.

La plus ancienne date connue concernant l’exploitation de mines de charbon sur St Florent et la Vallée remonte au 26 octobre 1344, quand le damoiseau Bermond du Pradel échange des mines grevées de « cens » sises à Laval, St Andéol de Trouillas et St Florent contre le tiers d’une mine à St Andéol en franc alleu (sans payer de cens).

Les exploitations sont faites anarchiquement, sans plan d’ensemble, sans méthode, sans précautions, avec seulement l’appât du gain. Il en résulte beaucoup d’accidents, des galeries qui se croisent et se fragilisent encore plus et des excavations dangereuses un peu partout.

En 1774, apparaît un normand, François-Pierre Tubeuf, excellent ingénieur, habile gestionnaire et directeur de l’exploitation générale des mines du Rouergue et Quercy. Entreprenant et ambitieux,  il obtient l’exclusivité de l’exploitation des mines dans notre région.

Mais il rencontre énormément de difficultés avec les petits exploitants malgré les propositions de dédommagements. Il en va de même avec le Duc de Castries, propriétaire depuis 1782 de la seigneurie de Trouillas et la terre du Pradel, avec lequel il ne peut obtenir de compromis et est même blessé, en 1784 au château de Trouillas, lors d’une bagarre contre les gens du duc de Castries. Ecoeuré et ruiné, il s’exile en Amérique du Nord.

Pourtant son activité était telle que trois ans après l’arrêt de 1774, il avait ouvert et exploité 38 mines dont 5 à St Jean de Valériscle. La reprise des terres minières par le Duc de Castries ainsi que celles de Monsieur le frère du Roi pour les terres de Portes concédées en 1784, annihilent tous les nouveautés de mise en valeur de M. Tubeuf, wagonnets, treuils, creusement de travers-bancs…

La Révolution de 1789 voyant émigrer le Duc de Castries et Monsieur le frère du Roi, leurs mines deviennent propriétés de l’Etat, et les propriétaires du sol peuvent à nouveau les exploiter mais comme autrefois de façon anarchique.

De 1805 à 1815, les autorités inquiètes de cette forme d’exploitation, décident sous le régime napoléonien d’accorder des concessions par décrets.

Par la loi du 21 avril 1810, les concessions pour l’exploitation des mines deviennent perpétuelles, autorisant et encourageant ainsi la création de groupes ou Sociétés.

Le 29 novembre 1815, l’administration répartit les différentes exploitations de F.P. Tubeuf  entre les propriétaires locaux :

-   TROUILLAS et GRAND COMBE  à la famille De Castries

-   PLUZOR  à la famille Puech et Goirand

-   L’AFFENADOU  à Stanislas Serre

-   LA LEVADE et LA TROUCHE  à la famille Méjean

-   ST JEAN DE VALERISCLE  à Gilly Père et Fils

-   CHAMPCLAUSON  à Barrot, Fabre, Guirande, Deleuze et Gardies

A partir de 1818 différents propriétaires cédent leurs concessions à d’autres exploitants et en 1826, créent le groupement de la « Société Civiles des Houillères de la Grand-Combe et autres concessions réunies ».

Le 29 juin 1833, les frères TALABOT obtiennent une concession afin de construire un chemin de fer reliant La Grand Combe au canal de Beaucaire. Associés à quelques actionnaires, ils rachètent la société des mines citée ci-dessus.

Le 27 juillet 1837,  la fusion de cette société et de celle des « Chemins de fer » forme la « Société des Mines de la Grand-Combe et des Chemins de Fer du Gard ».

Dix ans après, le 2 juin 1852, la ligne fut cédée à la « Compagnie des Chemins de Fer de Lyon à Avignon » (le futur P.L.M.).

Le 10 octobre 1852, l’assemblée des actionnaires approuve la création de la « Compagnie des Mines de la Grand’Combe ».
-   TROUILLAS et GRAND COMBE  à la famille De Castries

-   PLUZOR  à la famille Puech et Goirand

-   L’AFFENADOU  à Stanislas Serre

-   LA LEVADE et LA TROUCHE  à la famille Méjean

-   ST JEAN DE VALERISCLE  à Gilly Père et Fils

-   CHAMPCLAUSON  à Barrot, Fabre, Guirande, Deleuze et Gardies

A partir de 1818 différents propriétaires cèdent leurs concessions à d’autres exploitants et en 1826, créent le groupement de la « Société Civiles des Houillères de la Grand-Combe et autres concessions réunies ».

Le 29 juin 1833, les frères TALABOT obtiennent une concession afin de construire un chemin de fer reliant La Grand Combe au canal de Beaucaire. Associés à quelques actionnaires, ils rachètent la société des mines citée ci-dessus.

Le 27 juillet 1837,  la fusion de cette société et de celle des « Chemins de fer » forme la « Société des Mines de la Grand-Combe et des Chemins de Fer du Gard ».

Dix ans après, le 2 juin 1852, la ligne fut cédée à la « Compagnie des Chemins de Fer de Lyon à Avignon » (le futur P.L.M.).

Le 10 octobre 1852, l’assemblée des actionnaires approuve la création de la « Compagnie des Mines de la Grand’Combe ».

 
 

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