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Mines de fer

Rédaction  :  Pierre Mazodier

« L’Age de fer »

Dans la vallée de l’Auzonnet, le terme « mines » évoque le charbon alors que le fer a été exploité ici bien avant le charbon et a généré d’importantes activités minière et artisanale. En effet, dans le Bassin houiller des Cévennes, le minerai de fer se trouve au-dessus des veines de charbon ; il a donc été extrait en premier. Le gisement de Palmesalade sur la commune de Portes, qui contient un minerai carbonaté (la sidérose), est exploité au Moyen Age au moyen de simples trous (les baouma) servant à collecter le minerai. Le minerai subit une première cuisson dans un four pour donner la « myne », transportée pour traitement vers les martinets (forges primitives actionnée par l’eau). La vallée de l’Auzonnet dispose alors de trois martinets (2 sur l’actuelle commune du Martinet, le 3ème à Pommier, commune de Saint-Jean de Valériscle. Le battage par le martinet donne des plaques, tiges et lingots que le forgeron transforme en outils, armes et en clous, les fameux « tachas » qui font la renommée de la vallée. La vallée compte jusqu’à 45 maîtres-cloutiers (en 1676) à Saint-Florent et à Saint-Jean.

Au 19è siècle, plusieurs mines de fer sont exploitées dans la vallée de l’Auzonnet. L’exploitation moderne de celle de Palmesalade produit un fer d’excellente qualité alimentant les hauts-fourneaux de Tamaris, à Alès. L’extraction se fait par puits et par galeries. Les galeries, situées sous le niveau de l’Auzonnet, sont souvent noyées. Deux violentes crues, les 3 octobre et 3 décembre 1872 entraînent la fermeture définitive de la mine de Palmesalade. Deux autres mines de fer sont ouvertes à Saint-Florent. L’exploitation de la première, concédée en 1859, intervient surtout de 1877 à 1884. Elle produit 18.500 tonnes d’hématite, un oxyde de fer. Le seconde mine située aux Ribots fonctionne de 1866 à 1874 et produit 23.400 tonnes de pyrite, un sulfure de fer. Une usine chimique (en tous points semblable à celle qui s’installera dix ans plus tard à Salindres) se crée en 1867 à La Fougassière pour fabriquer de l’acide sulfurique, du sulfate de soude et du chlorure de chaux à partir de la pyrite. Pour évacuer « les vapeurs acides et gaz délétères » dégagée par l’usine, on construit une cheminée rampante de 250 m qui aboutit au sommet du Majard. Sa trace se voit encore sur le flanc de la montagne. L’exploitation de la mine de pyrite reprend entre 1924 et 1927, réalisant une production de 4.000 tonnes.

 

Rédaction  :  Edmée Fache

Palmesalade : le gisement de fer carbonaté

« Le fer travaillé par les martinets de la vallée de l’Auzonnet provient d’un gisement situé près de l’Affenadou, au lieu-dit Palmesalade, en bordure de la Régordane, ancienne et célèbre voie de communication.

Situé aux limites des concessions de Trélys et Palmesalade d’une part, et de la Grand Combe d’autre part, ce gisement est original car constitué d’un minerai carbonaté, la sidérite ou carbonate de fer (FeCO3). Le minerai de fer se trouve au milieu de grès, le tout recouvrant des terrains houillers.

A-t-il été exploité à l’époque romaine, comme l’ont affirmé certains auteurs ? Cela reste à prouver. Par contre, il est exploité de façon certaine à partir du XIVe siècle. Il appartient aux seigneurs de Portes qui en concèdent l’exploitation à des particuliers. Le minerai est extrait dans des « baumas », cavités creusées à une faible profondeur.

Les exploitants des nombreuses « baumas », creusées sans plan préétabli, se gênent les uns les autres. Ainsi, après bien des disputes, les sieurs Tessier et Dumazert, de Portes, et Despeisses et Michel, de Saint-Florent, intentent en 1561 un interminable procès aux Joyeux et à Pierre et Antoine Sugier, de Saint-Florent. Finalement, trois arbitres choisis de concert déclarent que la seule solution est l’exploitation des deux baumas en commun, tant elles sont proches et enchevêtrées.

Le minerai extrait est concassé puis grillé dans des fours rudimentaires chauffés au charbon de bois. On obtient une masse pâteuse, mélange fer et de scories, appelée « myne cuite bonne et marchande » qui est à nouveau chauffée et martelée dans un martinet. Les « baumas » cessent d’être exploitées au XVIIe siècle qui voit également la disparition progressive des martinets.

La Compagnie des Fonderies et Forges d’Alais reprend l’exploitation du gisement de fer de Palmesalade au XIXe siècle, au début de l’ère industrielle. Les premières recherches sur le site se déroulent en 1841. La galerie n°1, sur la rive gauche de l’Auzonnet, atteint la première le minerai. En 1842, est foncé le puits d’extraction n°1 qui traverse onze mètres de déblais anciens. Au fur et à mesure des besoins, il est approfondi jusqu’à 70 mètres de la surface. En 1844, on trace des travers-bancs d’est en ouest, à travers des terrains stériles. Ce sera la galerie n°2 qui coupe toutes les couches encore non exploitées par laquelle on extrait presque tout le minerai. Le minerai produit est le meilleur fourni aux hauts-fourneaux de Tamaris pour la fabrication de fers soudants.

Malheureusement, la compagnie minière doit constamment lutter contre les eaux de l’Auzonnet. En 1872, après une crue soudaine et considérable le 3 octobre suivie d’une seconde le 3 décembre, le coût de la réhabilitation de la mine serait trop élevé. L’exploitation est définitivement abandonnée le 16 janvier 1873.

La production de minerai de fer de Palmesalade concerne 1.800 tonnes en 1842, 72.000 tonnes en 1860 mais seulement 10.000 tonnes en 1872.

A ce jour, restent visibles l’emplacement du puits de mine et quelques traces de fours mais rien ne laisse supposer que nos ancêtres exploitaient là l’une des plus importantes mines de fer de la région. »

Pierre MAZODIER in Le Journal des Amis du Château de Crouzoul n°9 – Le Martinet, août 2002

Sources écrites :

La vallée de l’Auzonnet – Gérard DELMAS – Massy, 2002

M. Peyre – Notes sur le gisement de fer carbonaté de Palmesalade in Bulletin de la Société française de l’industrie minérale – 1884

NB : lorsqu’en 1884, M. Peyre rédige l’article ci-dessus, il dirige les mines de charbon de Banne en Ardèche ; ancien ingénieur responsable de Palmesalade, il a habité le bâtiment encore appelé « le Château » à l’Affenadou.

 

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