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Cloutiers

Rédaction  :  Edmée Fache

Les cloutiers

Le marteau hydraulique est semble-t-il mis au point aux Xe-XIe siècles par les moines qui en généralisent l’emploi dans toute l’Europe. Partout, les monastères ont besoin d’outils pour l’agriculture, le terrassement, la construction… Il leur faut des clous de charpente, des serrures…. Dès le XIIe siècle, ils encouragent la mécanisation de certaines étapes du travail du fer.

Les forges actionnées à l’énergie hydraulique démultiplient la capacité de production des forgerons. Grâce aux martinets, on travaille plus rapidement des pièces plus imposantes. Actionné par la roue du moulin, le mécanisme du soufflet de forge propulse suffisamment d’air à l’intérieur des fours pour élever la température à plus de 1.000 °C, donnant des aciers de bien meilleure qualité.

Dans la Vallée de l’Auzonnet, où abonde un minerai de fer exploité depuis l’antiquité, les fargiers (forgerons) travaillent la « myne cuite » pour fabriquer des produits semi-finis (plaques, lingots, verges …), des outils et des objets de consommation.

Les verges (tiges de fer) sont chauffées, d’abord au charbon de bois, plus tard au charbon « de terre » puis découpées, martelées… par les artisans cloutiers ou « pico tachos » (de tach, clou en langue celtique), installés dans des ateliers familiaux, aux abords des mas ou en bordure de l’Auzonnet ou d’autres ruisseaux, afin d’utiliser une roue hydraulique pour actionner les soufflets

Les ateliers de cloutiers fabriquent des clous, de formes et dimensions variées, allant du clou à chaussure au clou de charpente. Un acte notarié de 1676, précises certaines appellations : liardaux (pesant 25 livres), patagaux (pesant 15 livres), ferradoux (10 livres), taches, grosses taches, bouquets courts, clous de bande…

Pour travailler, le cloutier n’emploie qu’un foyer avec cheminée d’aération, des soufflets en cuir (« boulzes ») pour activer le feu et quelques outils : la tranche ou tranchet pour couper les tiges de matière première, l’enclumette pour les forger et amincir la pointe, et différentes formes pour travailler les têtes, différentes pour les clous de charpente, d’ébénisterie, de maréchal-ferrant ou de sabotier… Tout réside dans le coup de main et chacun réussit avec plus ou moins de virtuosité tel ou tel type de clou. Un travail d’artiste répété à longueur de journée et, rentabilité oblige (déjà !), avec le moins de coups de marteau possible.

Très solidaires entre eux, les cloutiers forment une corporation fermée, régie par les règles du compagnonnage. Le métier se transmet de père en fils, par apprentissage, initialement fixé à 7 ans, raccourci à 5 ans dont 2 ans de compagnonnage.  Privilège accordé à leur corporation, les cloutiers travaillent beaucoup, de jour comme de nuit, sans toutefois amasser de riches fortunes.

Ils vendent sur les marchés leurs fameux « tachas » qui font la renommée de la Vallée de l’Auzonnet. Au XIVe siècle, les cloutiers et taillandiers de St-Florent et de St-Jean de Valériscle se rendent à la Foire de Beaucaire par le Chemin de Régordane pour vendre les clous de chaussures et de charpentes et les outils qu’ils fabriquent.

Les archives municipales révèlent qu’en 1618, St-Florent compte une centaine de familles dont celles de 6 artisans cloutiers (pico-tachos), 2 cardeurs, 3 tisserands, 2 maçons, 1 tailleur, 1 tondeur, 1 maréchal-ferrant… En 1629, deux martinets fonctionnent à Saint-Florent, au hameau du Martinet tandis qu’un autre est exploité par Pomier, fargier à Saint-Jean de Valériscle. En 1653, on compte 25 maîtres-cloutiers à Saint-Florent et à Saint-Jean. En 1676, on en compte 45. Enfin, la Vallée compte 45 maîtres-cloutiers en 1676 à Saint-Florent et à Saint-Jean.

Les troubles religieux qui affectent la France de la fin du XVIe au milieu du XVIIIe siècle ruinent un grand nombre d’ateliers de cloutiers de la Vallée de l’Auzonnet.

En 1770, les cloutiers qui subsistent commencent à souffrir de la concurrence des manufactures parisiennes. C’est l’annonce d’un proche déclin pour la production artisanale, pourtant excellente. Un texte de 1772 stipule : « Depuis deux ans, la fabrique a diminué parce que la production demeure invendue, les marchands qui la consommaient achetant des clous parisiens, qui sont à meilleur marché, quoique de qualité très inférieure. Il sera difficile de favoriser ce commerce tant que le prix du fer obligera les fabricants à vendre leurs clous plus chers que les clous parisiens. » La plupart des ateliers disparaissent avant la Révolution.

Au début du XIXe siècle, l’industrialisation remplace le clou de section carrée par la pointe ronde, facile à fabriquer mécaniquement.

Entre le martellement des martinets, celui des enclumes de cloutiers, la hache et la scie des charbonniers coupant le bois pour le « charbon de bois », les particuliers exploitant quelques « baumas » (affleurements de minerai de fer ou de charbon), les paysans et leur cheptel bruyant, sans oublier les cloches de St-Florent et de St-Jean… la Vallée devait être bien animée !

A noter que Pico tachos (ou frappe clous), surnom des cloutiers de la Vallée de l’Auzonnet, désigne en occitan le cordonnier !

Sources écrites

Les métiers d’autrefois – M.-O. Mergnac, C. Lanaspre, B. Bertrand et M. Déjean – Editions Archives et Culture

Archives municipales de Saint-Florent et Saint-Jean de Valériscle

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