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Rédacteur  :  Gérard Delmas

Louis Dardalhon

né en 1906 au Martinet (commune de St-Florent) il était comptable aux Mines de Trélys et correspondant du « Petit Marseillais »  En 1936, après des recherches aux archives de St-Florent, de Nîmes et la lecture des rares livres concernant l’histoire locale, il a écrit pour son journal un article intitulé « Le Martinet, un peu d’histoire locale » publié en deux épisodes les 12 et 13 mai 1936. A une époque où la seule histoire connue était celle des mines, alors en pleine expansion, il a patiemment retrouvé les éléments d’une histoire ancienne du Martinet (et St-Florent) alors totalement méconnue. C’est à lui que revient le mérite d’avoir découvert que Crozols (ou Crouzoul) était l’ancien nom du hameau du Martinet, à la suite de l’existence, depuis le Moyen-âge, d’une forge destinée à traiter le minerai de fer et qu’on appelait « martinet de Crouzoul ». Ce fer qui était exploité par les forgerons et surtout par les cloutiers qui fabriquaient des quantités de clous dans leurs petits ateliers familiaux. En même temps que se développait peu à peu l’exploitation de la houille, puis l’élevage des vers à soie et enfin l’industrialisation de toute la vallée avec pour conséquence une explosion démographique par l’arrivée de nombreux ouvriers provenant du Gard et des départements proches, mais aussi de l’étranger et des anciennes colonies françaises.

Il a écrit encore d’autres articles, dont une « Histoire de Notre-Dame de Lachamp », puis une Biographie d’Antoine Deparcieux, à une époque où notre académicien était pratiquement inconnu,  et même une pièce de théâtre en occitan « Lou deputa de Fourniguet »

Son article sur « Le Martinet, un peu d’histoire locale » a été repris en 1957, soit 21 ans plus tard par l’abbé Albouy qui l’a utilisé et même copié dans son livre « Le Martinet et la vallée de l’Auzonnet », mais qui, malheureusement, ne l’a pas cité dans ses sources.

Homme simple, mais chaleureux, très attaché à son village, sa famille et ses amis, bénévole actif et responsable de plusieurs associations religieuses et de jeunesse, il nous a quité en 1986 à Alès où il résidait depuis 1945 pour des raisons professionnelles.

Nous vous présentons ci-dessous son article du 10 mai 1936,  intitulé :

« Le Martinet, un peu d’histoire locale »

« Combien de nos concitoyens connaissent leur histoire locale ? Bien peu sans doute et l’on s’explique fort bien cette lacune par la rareté des renseignements permettant de situer cette histoire, rareté qu’il faut attribuer au peu d’importance de l’agglomération qui devait devenir le village de nos jours. (Le Martinet)

Le but de cet article n’est pas d’écrire cette histoire, mais simplement de donner au lecteur, avec la plus grande exactitude possible, une idée sur les origines et le développement de notre petite ville.

Dès le début de notre ère, la vallée de l’Auzonnet, chemin naturel entre l’un des prolongements de la voie Helvienne (Uzès – St-Ambroix) près duquel se trouvait les bains des Fumades déjà connus et fréquentés et la voie Régordane (Alès aux Gorges de l’Allier) dont on trouve encore les traces vers Portes et Chamborigaud, fut très certainement parcourue par les romains.

L’hypothèse que nous faisons de ces passages repose sur les découvertes de sépultures gallo-romaines à St-Florent (historique mairie de cette commune) et les vestiges d’une ancienne construction connue dans le pays sous le nom de la Clédasse , dans lesquels furent découvertes la pierre à inscription qui orne l’entrée de la gendarmerie et des pièces de monnaie de la colonie romaine de Nîmes.

De cette lointaine époque jusqu’au XIIIe siècle, obscurité totale sur les faits qui ont pu se produire dans la région.

C’est vraisemblablement pendant cette longue période, que les premiers habitants s’installèrent dans la vallée. Comme dans l’ensemble des Cévennes, ces habitants élevèrent les premières murailles en pierres sèches qui, en retenant le sol mouvant de la montagne, devaient constituer les pauvres châtaigneraies ou maigres champs leur permettant de subsister. Après le XIIIe siècle, l’histoire des Cévennes est étroitement liée à la découverte puis à la mise en valeur des houillères.

Tout laisse supposer que les affleurements de charbon nombreux dans le pays furent utilisés par les habitants pour leur chauffage domestique. Cette pratique était générale dans la région puisqu’en novembre 1247, une enquête ordonnée par Saint-Louis porte à croire que de tout temps on s’est servi du charbon de pierre.

Dès cette époque, les seigneurs, propriétaires des terrains, louaient leurs houillères. Le 26 octobre 1344, le damoiseau Bermond du Pradel échange quelques mines dont certaines comprises dans la paroisse de St-Florent, contre le tiers d’une mine sise à Trouillas (Grand’Combe). Mercoirol mis à part, les gisements houillers de St-Florent étant situé sur le territoire actuel du Martinet, on peut conclure que certaines de ces mines se trouvaient à proximité de notre village.

Le 24 février 1496, Thibaud Roussel du Pradel, rentier du seigneur de Roure, sous loue à Simon Founier de St-Florent toutes les charbonnières de la paroisse de St-Florent pour une durée de 3 ans à mi-fruit.

Les droits de location ou de sous-location étant élevés, les locataires se contentaient-ils d’exploiter les mines pour leur usage personnel ?

On trouve déjà de nombreuses traces du commerce de la houille qu’utilisaient certaines industries dont l’une, en plein épanouissement était courante dans les Cévennes : il s’agit des martinets.

Les martinets étaient de petites fonderies où l’on traitait le minerai de fer. Il y en eut certainement plusieurs dans le pays. Parmi les principaux de la région, M. A. Bardon (Histoire du Bassin houiller d’Alais) cite le martinet de Crozols de la paroisse de St-Florent, loué en 1499 à un sieur Despeysses.

La déformation des noms propres n’empêchera pas le lecteur de trouver dans le Crozols cité par cet acte, le Crouzouls hameau de notre époque. Sur quel emplacement exact se trouvait cette fonderie ? à Crouzouls même ? Nous ne le pensons pas car cette sorte d’industrie utilisait la force de l’eau pour la propulsion du martinet, la principale machine qu’elle employait (qui certainement lui donna son nom) laquelle consistait en un gros marteau s’élevant et s’abaissant sous l’action d’un jeu de bielles et de leviers. Il y a donc tout lieu de croire que le martinet en question était situé sur les abords de l’Auzonnet.

La dénomination du lieu tendrait cependant à démontrer que l’agglomération de Crozols était la seule existante à cette époque sur le territoire actuel de la commune. Pourquoi, en admettant qu’il soit bien installé au fond de la vallée, ce martinet ne serait-il pas à l’origine du nom de notre village ?

Nous avons sur cette industrie des martinets, des détails curieux que le cadre restreint de cet article ne nous permet pas de développer ; en tout cas celui de Crozols était admirablement placé à proximité des gisements de minerai de fer : Palmesalade (connu depuis les temps les plus reculés), St-Florent et Rochessadoule, et sur l’emplacement même d’importants affleurements de houille.

Cette industrie donna naissance à celle, moins importante, des cloutiers qui porta indûment jusqu’au siècle dernier le même nom, car les véritables martinets (Bardon – Histoire du bassin houiller) disparurent totalement des Cévennes de 1702 à 1705 pendant la guerre des Camisards qui ruina la région.

Mais étaient-ce là les seules industries existantes ? Dans l’ouvrage que nous avons cité plus haut, il est encore parlé des laveurs de sable à la recherche du roi des métaux, des creusets de ceux qui exploitaient le minerai d’argent, des chaufourniers (anciens fours à St-Florent). Il est même question dans la paroisse de St-Florent, d’une verrerie que nous n’avons pu situer. Au XVIIe siècle, lors de la vulgarisation de l’élevage du vers à soie, les habitants s’adjoignirent cette nouvelle ressource.

Pour ceux de nos lecteurs qui désireraient connaître l’organisation du pays vers le XVe siècle, disons que la paroisse de St-Florent dont faisait partie le hameau de Crozols, était comprise dans le mandement de St-Jean-de-Valériscle appartenant lui-même aux marquis de Portes, les puissants sires de Budos.

Marie-Felice de Budos, dernière héritière de cette famille légua en 1693 tous ses biens à son cousin le prince de Conti. La famille de Conti devait conserver ces biens jusqu’à la Révolution. Au siècle dernier, la famille Pagèze de la Vernède dont un des gendres, M. de Neuville, entreprit la restauration extérieure de la demeure seigneuriale du château de Portes, était encore propriétaire d’une partie de ces vastes domaines.

Au début du XIXe siècle, Le Martinet, hameau de St-Florent, compte une quarantaine de feux. Les habitants vivent du châtaignier, de la vigne, de l’élevage du ver à soie et des champs. Un certain nombre joint à ces occupations celle de cloutier.

Nous avons pu savoir qu’il existait un de ces artisans à la maison Roustant (Débanet), un autre au pont Nicolas. Un sieur Richard qui demeurait maison du même nom (Petite Route), avait construit près de la rivière son atelier. Il avait monté, pour mouvoir le soufflet de sa forge, un ingénieux appareil mû par l’eau. On peut voir encore au-dessous du terrain des Cités, les traces de cette construction qui fut emportée au cours d’une inondation.

Depuis le XIIIe siècle, on retrouve de nombreux documents relatifs à l’exploitation des houillères qui, comme dans l’ensemble du bassin, prenait de plus en plus de l’extension. Il ne nous est pas possible de parler de ces documents dans cet article, cela nous mènerait fort loin ; mais la certitude de la richesse en charbons que les petites exploitations ou les recherches avaient fait naître, donna au pays un intérêt que prouvent les nombreuses demandes de concession (la première en date du 6 juillet 1822).

Par ordonnance royale du 27 août 1828, cette concession fut instituée sous le nom de Houillères de Trélys et Palmesalade. De cet acte devait naître la prospérité du pays.

Pendant la période s’étendant d’août 1828 à 1855, l’exploitation fut peu importante. Les travaux étaient confiés à deux entrepreneurs, les sieurs Ribot et Bargeton, qui ouvrirent la première galerie dite du Martinet ; ils écoulaient leur charbon à l’entrée de la galerie.

En 1855, la Cie des Forges d’Alais devint à son tour concessionnaire mais l’ensemble des travaux se porta au nord de l’exploitation, c’est-à-dire vers Rochessadoule qui, à proximité de la ligne de chemin de fer de Bessèges (1857/58) permettait un écoulement rapide du charbon.

Le premier directeur de l’exploitation fut l’ingénieur Calas. En 1874, M. Bardon lui succédait. C’est sous cette direction que fut foncé le puits de l’Arbousset (commencé en 1877, terminé en 1879).

Vers cette date notre village commence à acquérir une importance qui ira croissante.

Avec la création de la ligne de chemin de fer St-Julien – Le Martinet mise en service le 30 août 1880, les travaux prennent une grande extension : fonçage du puits Pisani (1881/1885), construction des ateliers de criblage et lavage, de l’usine à briquettes, ouverture des galeries Delarbre, de l’Arcas, de Crouzouls.

Les mineurs qui, à la création de l’exploitation s’étaient installés sur place à Rochessadoule, se rapprochent des lieux de leurs travaux, s’installent de plus en plus nombreux au Martinet, qui voit croître très rapidement sa population.

Les archives départementales que nous avons consultées, nous ont communiqué les chiffres suivants : en 1872, 455 habitants ; en 1882, 989 habitants ; en 1900, 1056. Malheureusement les dénombrements antérieurs à 1872 ont disparu, enfin le découpage des hameaux n’a pas été le même suivant les dénombrements ce qui ne nous permet pas d’affirmer les indications que nous donnons ci-dessus.

Ils résulte cependant de ces chiffres qu’au moment où les travaux commencèrent, il y avait 445 habitants disséminés comme suit : Centre du Martinet, 247 ; Crouzouls, 98 ; Trélys, 100.

Au point de vue religieux, le Martinet était desservi par le clergé de St-Florent ; devant l’augmentation de la population, il fut érigé en paroisse par Mgr. Béguinot, à dater du 21 novembre 1913. Enfin, par décret du 21 juillet 1921, la commune du Martinet fut établie ; elle comptait à cette date 2.358 habitants.

Cette population est demeurée depuis à peu près stationnaire : 2.516 au recensement de 1926,   2.512 à celui de 1931 et2.505 au dernier recensement de 1936, chiffre qui par ordre d’importance, place la localité au 21e rang des communes du département.

L. Dardalhon

Fait au Martinet, le 10 mai 1936″

Documentation

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