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Petites histoires dans l’Histoire

Conférencier : Michel Gaultier de Coudouret

Après avoir rendu hommage à Monsieur Pierre Mazodier, pour la pertinence de son exposé sur la toponymie de Saint-Florent, Michel Gaultier de Coudouret nous présenta quelques points de l’Histoire locale. Voici le texte intégral de l’exposé, aimablement communiqué par son auteur :

« Madame le Président, Mesdames, Mesdemoiselles, Messieurs,

Quand vous m’avez demandé d’intervenir à l’occasion des dix ans de votre sympathique association, notre vieille amitié ne pouvait que me conduire spontanément à vous répondre favorablement ; mais l’histoire même de cette association – une histoire qui remonte il est vrai à déjà plus de dix années, une époque où vous n’étiez pas encore Saint-florentine – cette histoire m’imposait de participer à cette manifestation, puisque l’Association Saint Florent d’Hier et d’Aujourd’hui est née au lendemain d’une conférence que j’avais donnée, dans la salle voisine, où les enfants avaient organisé une exposition sur le village, son patrimoine et leur vision de l’An 2000. Ce jour-là avait été lancée cette idée qui germa et s’épanouit depuis… Et comme je ne suis pas aussi rancunier que la Fée Carabosse qu’on avait oublié d’inviter au baptême de la Belle au Bois Dormant, je suis venu bien volontiers !

Pour ceux qui ne le savaient pas, vous m’avez présenté comme un passionné d’histoire et d’archives ; c’est donc pour ne pas faire mentir cette réputation que j’ai tiré de l’Histoire de notre village quelques erreurs à redresser, faits divers, anecdotes, événements ou personnages curieux… Il s’agira de se promener au hasard des documents qui ne mentent pas pour raconter quelques petites histoires qui participent à la grande. Cette histoire de Saint-Florent a intéressé quelques auteurs, j’aurais pu me contenter de m’y référer ; hélas, tous n’ont pas été honnêtes…

Certains ont affabulé, d’autres se sont plagiés les uns les autres, recopiant les mêmes erreurs, ceux-là qui critiquaient les premiers en faisant pire qu’eux… Ainsi en est-il de ce brave Abbé Albouy, qui publia une Histoire du Martinet en 1957, fort décriée et critiquée, alors qu’elle n’est pas plus fautive que d’autres, loin s’en faut !  Alors, pour éviter de vous raconter ce qu’on qualifie volontiers dans le Midi de « couillonnades », distinguant les légendes de la tradition – c’est-à-dire ce qui a été fidèlement transmis –  ,  je me limiterai à ce qui est tiré des archives du temps, qui protègent de ces écueils que forment les approximations et les fantaisies.

AU COMMENCEMENT QUI ETAIT SAINT-FLORENT ?

Commençons par le commencement… On nous a raconté que « le village de Saint-Florent avait été fondé par trois moines bénédictins venus de Strasbourg » ; c’était là une fort jolie légende, qui accréditait l’idée que le Saint Florent auquel fut dédiée l’église construite, et autour de laquelle se constitua l’agglomération, était Saint Florent évêque de Strasbourg. Il n’existe cependant rien qui puisse soutenir cette thèse.

En fait, que savons-nous ? Que dès les années 1150 Saint-Florent était un prieuré-cure, du diocèse d’Uzès, dépendant du prieuré de Pont-Saint-Esprit. Un prieuré-cure c’était une cure dépendant d’un prieuré ou d’un monastère important, la maison-mère géographiquement distante qui envoyait sur place des religieux pour y remplir les fonctions curiales ; au fil des siècles, ces prieurés-cures devinrent des paroisses et ce n’était plus des religieux qui les administraient, mais des prêtres séculiers, les curés placés sous l’autorité de l’évêque. Le prieuré de Pont-Saint-Esprit remontait au Xe siècle sous le titre de Saint-Saturnin-du-Port, ce prieuré était très puissant, fondé par un seigneur de la maison d’Uzès, ancien archevêque de Narbonne puis de Milan qui avait pris l’habit bénédictin ; son prieur était seigneur de la ville de Pont-Saint-Esprit, rien d’étonnant à ce que ses riches possessions s’étendissent jusqu’ici ! Au XIIe siècle, le prieuré-cure des bénédictins de Saint-Florent devint une paroisse, quand le prieur de Pont-Saint-Esprit l’échangea avec l’évêque d’Uzès, contre celui de Saint-Emétéry de Chusclan. Pas trace ici de moines venus de Strasbourg… Mais cherchons maintenant qui était ce Saint Florent évêque de Strasbourg qu’on aurait tenu à nous donner comme saint patron…

Or, on ne sait pas grand-chose sur ce personnage… Sinon qu’il serait Irlandais de naissance, aurait occupé le siège épiscopal de Strasbourg au temps du roi Dagobert et surtout, à en croire les hagiographes, « que sa vie est un tissu de légendes qui n’a aucune valeur historique ». Or, parmi les douze Saints Florent, évêques pour la plupart, qu’on retrouve, il en est un autre, géographiquement plus proche, Saint Florent évêque d’Orange au VIe siècle, dont l’existence est sûre puisqu’il figure parmi les signataires du concile d’Arles en 524. La dévotion des populations s’établissant près du théâtre des prodiges des saints qu’elles vénéraient, il n’y aurait rien d’étonnant à le voir honoré ici, et d’autant mieux qu’au XIe siècle ce saint était l’objet d’un tel culte que ses reliques furent demandées et solennellement transférées en Italie, à Fiorenzuola d’Arda, près de Plaisance ; et que la ville de Florence lui avait dédié une église, réservée aux pèlerins français, et que c’est encore à Florence, dans l’église de la Trinité, qu’on retrouve un retable précieux qui le représente, comme un tableau du XVe siècle à la galerie de l’Académie ! Tout ce qui peut donc être assuré c’est que le Saint Florent honoré ici est un évêque, ce qui est rappelé par la statue qui en est conservée et par le blason de la paroisse qui le dessine comme tel.

Cependant qu’on manque donc de précisions sur le Saint Florent qui doit être honoré ici, on peut encore douter que ce fût là le premier nom de notre prieuré-cure, de notre église, car des pièces anciennes, que beaucoup citent sans en fournir de références, mentionneraient une dédicace de l’église faite à l’Exaltation de la Croix. L’Exaltation de la Croix est une fête qui remonte au VIIe siècle et qui commémore non seulement la consécration de la basilique du Saint Sépulcre à Jérusalem, élevée à l’emplacement du Calvaire et du Tombeau du Christ par l’impératrice Sainte Hélène, mère de Constantin, mais encore le retour de la relique de la Vraie Croix, quand l’empereur Heraclius put la tirer des mains des Perses et la déposer à Constantinople. Cette fête figurait au calendrier liturgique à la date du 14 septembre… Or, preuve d’une tradition immémoriale et traversant les siècles, on découvre dans les Archives, que jusqu’au 24 novembre 1935, qu’on la déplaçât au dimanche après le 14 juillet, la fête votive du village avait lieu… le 14 septembre ! Le14 septembre, fête de l’Exaltation de la Croix, et non pour l’une des fêtes d’un Saint Florent, ce qui accrédite l’idée que Saint Florent est un patronage qui a été ajouté à une église dédiée à l’Exaltation de la Croix, et qu’il finit par supplanter cette dédicace….

COMMENT SAINT-FLORENT EST-IL DEVENU SUR AUZONNET

Toujours sur le nom de notre village, il a été écrit « qu’en 1926 Saint-Florent était devenu Saint-Florent-sur-Auzonnet »… Une datation fausse qui mérite quelques mots pour redresser cette erreur. Effectivement en 1926 l’orthographe de deux noms de villes de notre région a été modifiée, Sète a prit un S et un accent grave, tandis qu’elle perdait un t, puisque jusqu’alors Sète s’orthographiait comme l’adjectif démonstratif féminin singulier C-E-T-T-E. La seconde ville, vous le savez déjà, c’est Alès qui a pris un E accent grave et s’écrivait auparavant A-L-A-I-S ; ce changement, qui était le retour à une graphie antérieure au XVIIe siècle avait déchaîné des passions dans la cité cévenole… Pour Saint-Florent, notre village a vu ce complément « sur-Auzonnet » ou mieux, plus euphonique « sur-l’Auzonnet » entrer dans les habitudes dès le Second Empire. Toutefois, si l’on prenait cette habitude, officiellement la commune ne s’appelait que Saint-Florent tout court.

Dès les années 1900, c’était à ce point entré dans les mœurs que le bureau de poste – la poste qui la première avait intérêt, pour faciliter le tri, à ce que les différents Saint-Florent de France fussent clairement différenciés – le bureau de poste avait un tampon « Saint-Florent-sur- Auzonnet ». La Mairie elle-même portait sur son papier à en-tête « Saint-Florent-sur-Auzonnet », et pourtant, c’était toujours officieux, même si le quartier de Saint-Florent, Le Martinet, qui n’était pas encore érigé en commune, était désigné – et en témoignent certaines cartes postales – comme Le Martinet-sur-Auzonnet. Le changement de nom d’une commune résulte d’une longue procédure ; suivant proposition du sous-préfet d’Alès, qui en avait été saisi par le Secrétaire d’Etat aux Affaires économiques, au cours du Conseil Municipal du 5 août 1951, il fut décidé de formaliser cette demande, pour que l’usage déjà séculaire soit enfin légitimé ! Mais ce ne fut que le 17 décembre 1958 qu’un décret,  que le Journal Officiel publia le 19, entérina le « sur-Auzonnet » ; 1958-2008… Nous avons donc manqué l’occasion de fêter un joli cinquantenaire !

NOTRE EGLISE

Autre idée répandue par les historiens, ou ceux qui se disent tels, l’église paroissiale de Saint-Florent est une vieille église qui, comme à Saint-Ambroix, fut traversée au XIXe par une large nef, et l’on donne même précisément la date de 1842 pour cette reconstruction. Que faut-il conserver de ça ? Quelles pièces seraient sensées accréditer ces assertions ? Que l’église paroissiale soit ancienne, nul n’en douterait, même s’il semble qu’on se soit acharné sur elle pour l’avoir aussi affreusement modernisée que son extérieur présente des couleurs de pâtisserie et son intérieur la froideur d’un vestiaire de stade, suite à la démolition de tout ce que la piété des fidèles y avait accumulé de statues, autels, mobilier liturgique… Elle n’est pas la seule, hélas, victime du vandalisme postconciliaire ! Ses murs seuls et sa sacristie ont résisté à ces outrages.
A-t-elle été profondément modifiée en 1842, traversée perpendiculairement par une large nef ?  Non !

Démonstration bien simple à faire : le plan cadastral de Saint-Florent a été levé en 1839, il suffit de le comparer au plan actuel, l’édifice actuel offre la même emprise au sol depuis le clocher et jusqu’au niveau du chœur, seul ce dernier a été agrandi, un nouveau chevet ayant été ajouté à l’ancien. Il faut noter que la reconstruction –  si elle avait totale –  de l’édifice aurait dû, selon les règles canoniques qui régissent l’Eglise, faire l’objet d’une cérémonie pour sa reconsécration, or il n’y en a pas trace. Si reconstruction il y avait eu, ces travaux seraient mentionnés dans les délibérations du Conseil Municipal ; ils auraient endetté la commune et pour longtemps… Mais alors que s’est-il passé en 1842 pour que tant d’auteurs aient cité cette année ? On a seulement acheté un petit morceau de terrain au sud au voisin Guillaume Romestant, qui a obtenu l’autorisation d’ouvrir des fenêtres pour sa maison prenant jour directement sur le cimetière situé à l’ouest de l’église, car la même année ce cimetière fut supprimé et remplacé par la place publique que nous connaissons. Sur ce terrain situé  derrière l’église, acheté au voisin le sieur Romestant, fut construit un nouveau chœur, soit la partie où se trouve le maître autel, ce qui rendit l’église plus profonde dès lors qu’on a démoli le mur qui la fermait au sud. L’ancien chœur fut nivelé de sorte qu’il se rajoute convenablement à la nef ; ces modifications faites avec à propos sont aujourd’hui quasiment insoupçonnables. Mais ce n’est pas une raison pour raconter n’importe quoi !

La chapelle de la Vierge, à main gauche en entrant, ce qu’on appelle dans une église « le côté de l’Evangile », n’a jamais fait partie d’un édifice roman orienté à l’est parce que cette chapelle n’a été ajoutée à notre église qu’en 1765. Les Archives très précises nous apprennent que cette extension a été réalisée sur ce terrain du cimetière, qui jouxtait l’église. Le commanditaire de ces travaux était un notable de Saint-Florent, Jacques Roustan-Valette, qui habitait tout près de l’église et qui, dans cette chapelle fit creuser pour sa famille – à la manière d’un seigneur – un caveau « à pierres, chaux et sable » dit le texte… Maître Jacques Roustan-Valette était avocat et riche, son mariage avec la demoiselle Marguerite Félicité de Beauvoir du Roure, de la famille des seigneurs de Saint-Florent, lui était un peu monté à la tête. Ce qui fut moins élégant, c’est que le sieur Roustan-Valette tenta de rentabiliser, en les louant, les cinq bancs supplémentaires qu’on avait placés dans sa chapelle ! Or l’autorisation donnée par l’évêque d’Uzès stipulait bien que si la sépulture lui était réservée, la chapelle servirait à agrandir, embellir notre église et serait accessible aux fidèles. Cette chapelle dite de la Vierge ou du Rosaire fut encore l’objet de procédures entre les Roustan-Valette et la communauté de Saint-Florent…

Quant au clocher, c’est un triste fait-divers qui nous apprend la date de sa construction, puisqu’un acte de sépulture nous dit : « le 2 septembre 1743 a été enterré Henri Besse dit Huguet, habitant au lieu de Ribot, s’étant malheureusement tué en bâtissant le clocher ». En 1831, l’édifice étant devenu trop petit pour suffire aux jours de fêtes, il fut décidé de construire une tribune, au-dessus de l’entrée, qui utilisait l’escalier du clocher, deux autres petites tribunes ont même été construites au-dessus des chapelles latérales, mais fort disgracieuses et compromettant la sécurité de l’édifice, elles furent supprimées guère après.

REGENTS DES PETITES ECOLES

Une autre fable voudrait que sous l’ancien Régime le peuple ait été maintenu dans l’ignorance, et qu’il ait fallu attendre Jules Ferry pour que l’enseignement primaire pénétrât jusqu’au fond des campagnes. Ces propos ne sont pas innocents et rappellent la marâtre qui menace les petits enfants d’un ogre qui en fait n’est pas pire qu’elle… On n’a pas attendu la IIIe République pour s’instruire à Saint-Florent ! Vous croyez peut-être que ce soin était dévolu au curé ? Que nenni, il y avait un laïc spécialement affecté à cette belle mission ; il ne s’appelait pas professeur des écoles, ni encore instituteur, mais « régent ou précepteur de la jeunesse » ou « régent des petites écoles ». De la Toussaint à Pâques, dans la plupart des régions, le régent tenait une classe unique, pour apprendre aux enfants la lecture, le calcul et les prières ; son enseignement était gratuit parce qu’il était choisi et appointé par chaque communauté, chaque village ; pour être embauché il avait dû exhiber ses diplômes, lettres de recommandation, certificats de bonne vie et bonnes mœurs, etc. car on avait soin de ne pas confier les enfants à n’importe qui.

Si je vous ai dit de la Toussaint à Pâques, c’est évidemment pour des raisons agricoles, oubliées aujourd’hui, et dont notre calendrier garde pourtant la trace… Pourquoi les grandes vacances scolaires durent-elles deux mois, et la rentrée se faisait-elle naguère le 1er octobre ? Parce que les exploitations alors souvent familiales faisaient travailler les enfants aux récoltes, aux moissons, aux vendanges ! L’organisation de l’ancienne France si fortement agricole était patriarcale et toute basée sur la famille dont chacun des membres faisait sa part… les enfants n’exceptaient pas à la règle. On ne faisait plus classe dès les beaux jours arrivés parce que les parents n’envoyaient pas à l’école des bras utiles aux champs !

Sur la qualité de cet enseignement, il est aisé d’être renseigné par un témoin local, une gloire cévenole, le mathématicien, inventeur et statisticien Antoine Déparcieux, membre de l’Académie des Sciences, mort en 1768. Je ne citerai ce savant, qui enfant vivait à Cessous, mais avait été élève du régent de Saint-Florent, que pour rappeler qu’il tenait si fort à sa petite école que par son testament, il lui légua une partie de sa bibliothèque et de l’argent destiné aux enfants pauvres ; écoutons-le : « Je fais ce petit présent à cette école en mémoire de ce que c’est là, sous la direction de maîtres remarquables que j’ai, en partie, appris à lire et à écrire.. »  Nul doute que si l’enseignement des régents avait été d’une piètre qualité, il se fût abstenu de cette donation !

Le régent à la campagne était rarement un religieux, car les congrégations enseignantes, comme celle des Frères des Ecoles Chrétiennes, fondée par Saint Jean-Baptiste de La Salle, si elles avaient soin de l’instruction des enfants du peuple, n’étaient implantées que dans les villes. Le régent ajoutait toujours à son activité enseignante celle du jardinage, et souvent même un artisanat : menuisier, sabotier… Ce qui l’occupait durant cette longue période de vacances. Généralement il arrivait de loin, mais s’il se mariait dans le village, il s’y fixait et définitivement. Ici, nous avons eu un Antoine Luponis, natif du Puget, au Comté de Nice, qui arriva en 1746.

Hélas, les Archives de Saint-Florent gardent la trace d’un régent de la jeunesse qui s’y rendit tristement célèbre. Preuve que les mauvais enseignants, ça a toujours existé ! Jugez-en un peu… Le 22 novembre 1767, le conseil de la communauté (autrement dit l’ancêtre du Conseil municipal) se réunit pour délibérer à son sujet. Pendant plusieurs années, le sieur Desjardins ayant exercé les petites écoles et n’étant plus en état de continuer ses fonctions, soit à cause de son âge avancé que de la surdité dont il était atteint, la communauté avait demandé en 1765 à l’évêque d’Uzès de leur en envoyer un autre. Circonstance aggravante, le sieur Desjardins n’usait d’aucune modération pour corriger les enfants placés sous sa discipline. Vexé par cette demande de remplacement, le maître d’école était parti d’abord à Robiac, puis à Bordezac, de là à Sénéchas, et enfin à Saint-Martin-de-Valgalgues. Là, il fut arrêté pour avoir – je lis bien dans le texte – « pour avoir crevé l’enfant du nommé Rouveirol » en le punissant ! Enfin, ce triste magister était revenu à Saint-Florent reprendre son poste, soulevant l’indignation de la quasi-totalité de la population…

Je ne sais comment se solda l’affaire, mais il finit ses jours à Saint-Florent le 17 février 1777 et son acte de sépulture nous apprend que ce Gilles Lucas Desjardins, natif du diocèse de Coutances en Basse Normandie, mourut subitement à 77 ans.

ACCIDENTS ET MORTS SUBITES

L’étude des registres paroissiaux, qui sont les ancêtres de l’état-civil, m’a permis, outre son évident intérêt généalogique et démographique, de dénicher quelques petites perles, souvent anecdotiques, mais là encore authentiques, qui nous renseignent sur le quotidien de nos aïeux. Sans ordre, je vous en ai cueilli un petit bouquet, que je vous offre volontiers pour vous enseigner, vous émouvoir, ou vous amuser…

En liminaire, précisons que les plus instructifs sont les actes de sépulture, car le curé, devant justifier pour quelles raisons les défunts n’avaient pas reçu les derniers Sacrements, donnait des détails sur les circonstances des morts subites ou accidentelles.

Parmi les accidents, l’exploitation du charbon qui se fait dans le bassin d’Alais depuis le moyen âge en a causé bon nombre ; en effet, avant le XVIIIe siècle, ici, que sous l’impulsion de Monsieur de Tuboeuf ou du Maréchal de Castries, elle ne prenne ce développement industriel, cette exploitation était artisanale, comme celle du minerai de fer et autres. On creusait des grottes, des baumes, des galeries à l’horizontale, sans bien connaître l’art du boisage ; les effondrements étaient fréquents. Ainsi lit-on qu’en mars 1699, Antoine Sugier dit Pereyrol, à 48 ans est mort écrasé dans une mine de charbon ; en novembre 1705, c’est Jeanne Channac, femme d’Antoine Rostan dit Lapos, du quartier du Martinet, qui connut le même sort ; et dix jours après, c’était son mari qui succombait à la suite des blessures qu’il avait reçues lui aussi lors de cet accident ! En juillet 1774, Pierre Daniel dit Gramont, âgé de 60 ans environ, fut écrasé par un rocher, mais, lui, en tirant des pierres pour faire de la chaux ; quant à Jean Tassi, de Portes, domestique à l’Arboux, qui n’avait que 14 à 15 ans, on sait qu’il avait péri écrasé par un rocher en avril 1759, mais l’acte ne précise pas en quelles circonstances.

Nous avons vu, comment en 1743, le pauvre maçon de Ribot était mort en construisant le clocher de notre église ; arrêtons-nous sur d’autres chutes mortelles. En juillet 1694, Charles Rostan, âgé de 48 ans, s’est tué en tombant dans son escalier ; en juin 1711, c’est Marguerite Gille, épouse de Jean André, qui, à 27 ans, a chuté d’un mûrier dont elle ramassait les feuilles pour son élevage de vers à soie, elle ne survécut que 15 jours à l’accident ; en juin 1704, Simon Dugas du Mas du Tauty, âgé de 50 ans, est tombé d’un arbre et n’a plus pu parler ; comme le prénommé Gaspard, en mai 1728, tombé d’un mûrier ; ou en juin 1715, Mauricette Galtière, veuve de Jean Aniel, de Mercoirol, 40 ans, qui, tombée d’un arbre, est morte sur place !

La foudre causa quelques décès : en juin 1715, Jean Vacher, de Trélis, 10 ans, fut tué d’un coup de tonnerre ; comme Simon Trélis, père et fils, en août 1729, écrasés par la foudre dans leur maison et saisis au moment où ils faisaient leur prière ! Antoine Ginoux, de Mercoirol, a été trouvé mort à une portée de fusil de chez lui en août 1743, « tué à ce qu’on soupçonne par le tonnerre, ayant fait ses Pâques, note le curé, et ayant été à Notre-Dame-du-Puy en dévotion, où il se confessa et communia à ce qu’on m’a assuré ».

Traversé par une rivière et quelques torrents, notre village eut aussi son lot de noyés : en août 1701, Marie Bargetone, qui avait seulement 18 ans, et demeurait à Cessoux, chez le sieur Dardailhon, en qualité de servante se noya dans le torrent ; son corps, charrié par les flots, ne fut retrouvé que le lendemain à Saint-Florent. Moins de deux mois après, en octobre 1701, la même tragédie survenait à Palmesalade, quand se noyait Margot Saury, du mas de La Pénarié, paroisse de Laval, qui avait elle aussi 18 ans, et dont le corps fut entraîné jusqu’à Saint-Florent ! En juillet 1776, Etienne, dont on ne savait le nom de famille, domestique chez le sieur Sugier au mas de Gournier, fut trouvé noyé ; comme en juillet 1778, Jean, dont on ne savait rien de plus, sinon qu’il fût probablement originaire de Sainte-Colombe au diocèse de Mende, il était domestique chez Jacques Ribot l’aîné, et fut découvert mort noyé au Martinet. Son décès dut paraître suspect puisqu’il ne fut enseveli qu’après accord du sieur Bouquet, juge de Saint-Florent.

D’autres accidents agricoles sont mentionnés : en octobre 1698, Pierre Richard dit Roucaute, de Ribot, âgé de 60 ans, s’est étouffé dans sa cuve (sans doute sa cuve à vendanges ) ; le curé a été si impressionné qu’il n’a pu retenir son émotion et sa plume, il note que le défunt « quoique bon chrétien et bien craignant Dieu, tant il est vrai que les secrets de la Providence et de ce grand Dieu sont impénétrables et que nous devons veiller parce que nous ne savons ni le jour ni l’heure selon la parole du Sauveur que je supplie de tout mon cœur de vouloir m’accorder une fin heureuse. » En janvier 1706, Pierre Faucher, du lieu de Cessoux, soit sur la paroisse de Peyremale, qui était valet chez M. de La Plane, malgré la vigueur de ses 28 ans est mort étouffé dans la paille du pailler de son maître ! Toujours pour expliquer la raison qui les a privés des derniers Sacrements, le curé nous précise que Marie Trelis, de Trelis, 25 ans, ne l’a pu « à cause de son imbécillité de naissance » ; Gabriel Nouvel, lui est mort en novembre 1752, « en prenant un lavement » ; Marie Ginoux, femme de Jean Nougaret, de Crouzouls, est décédée quasi subitement en décembre 1758, cependant, tient à nous dire le curé « après avoir souffert pendant 19 ans des maux affreux, mais ayant reçu le Saint Sacrement de l’Eucharistie peu de temps avant ». La petite âme de Catherine Vachier, âgée de 9 ans, fille de Simon du mas du Tauty, a dû monter tout droit au Ciel, puisqu’elle s’était confessée deux jours avant sa mort, en mars 1686…

Beaucoup de femmes moururent des suites de leur accouchement, dans le registre l’acte de sépulture de la mère suivant souvent l’acte de baptême de l’enfant. On relèvera qu’Anne Girarde, femme de Guillaume Sugier dit Del Peyré, qui en novembre 1693 est « morte du travail d’enfant ».
Enfin, pour ceux qui ont été horrifiés par les violences des bandes catholiques, dites des Cadets de la Croix de Saint-Florent, qui, durant la Guerre des Camisards semèrent la désolation chez les Protestants, il sera intéressant de lire qu’en novembre 1702, parce qu’ils étaient catholiques, Simon Dugas dit Cabrié, originaire de Saint-Florent, et ses enfants Galibert et Marthe, demeurant à Saint-Etienne-de-L’Olm, près d’Alais, furent brûlés vifs attachés dans leur lit par les Huguenots… Car les cruautés et les haines furent hélas bien partagées durant ces guerres dites de religion !

ENFANTS NATURELS ET ABANDONS

Les actes de baptêmes, chers aux généalogistes, à Saint-Florent comme ailleurs, ne révèlent aucune originalité, le baptême est célébré immédiatement après la naissance, au plus tard une semaine après ; les parrain et marraine sont dans l’ordre des naissances les grands-parents, les oncles, tantes et collatéraux… Leur prénom est quasi systématiquement donné à l’enfant. Ceci est très classique.

Aussi dans toutes ces pages que j’ai déchiffrées, je n’ai guère relevé qu’un acte vraiment  curieux, il s’agit du baptême de jumeaux, en juillet 1689. Non pas que les jumeaux fussent un tel prodige, mais figurez-vous que Pierre Martin et son épouse, qui demeuraient à Crouzouls, firent baptiser leurs deux fils jumeaux Guillaume… Oui, chacun des jumeaux fut prénommé Guillaume, chacun ayant pris le prénom de son parrain, Guillaume… On peut se demander si ça n’était pas assez déjà que d’être jumeaux ! Ah, si les « psy » avaient existé …

Les baptêmes sont encore révélateurs des naissances illégitimes, des abandons d’enfants. Privés de contraception, nos ancêtres qui n’étaient pas tous chastes, devaient gérer le fruit de leurs congrès inavouables ; certains étaient baptisés sans révéler l’identité des parents, d’autres purement et simplement abandonnés sur le seuil d’une maison. En janvier 1677, on prénommera Louise, cette enfant trouvée devant la porte du mas de La Pésantié du sieur Domergue, « sans aucun billet permettant de savoir si elle avait été ou non baptisée », on la baptisera donc sous condition ; en novembre 1680, ce sera encore Louise, pour cette fille abandonnée devant la porte de Jacques Sugier dit Lou Peyre ; en mai 1700, Marthe est née « d’une femme qu’il ne connaissait pas » chez Henry Pomel, du mas de Beysson paroisse de Robiac, qui choisit quand même (par discrétion ? ) de la faire baptiser à Saint-Florent ! En février 1701, c’est Jeanne, qui naît au château de La Plane, mais de parents inconnus, son parrain sera le valet du château, sa marraine, la femme du fermier.

En septembre 1753, ce sera encore le prénom de Jeanne, qu’on donnera à une fille présentée au baptême par Dardailhon, du mas des Plantiers, qui a dit au curé « être née en plate campagne, auprès du chemin d’Alais à Portes sur la minuit, et dont il ignore le père et la mère ». Avec un luxe de détails, l’acte du baptême de la prénommée Justine nous raconte son histoire «  l’an 1789 et le 24e  novembre, nous avons baptisé sous conditions, Justine, fille naturelle, à ce qu’il nous a été rapporté par André Auzépi et Jacques Richard, du Martinet, dans cette paroisse, de Dame Jeanne Vidal de la paroisse de Ners, dans ce diocèse, et de sieur Jean Troupel, de la paroisse d’Euzet, même diocèse. Cette fille naquit à Nîmes, chez le sieur Granier, il y a environ dix ans ; on l’a mise de suite en nourrice chez Thomas, de Courcoulouze dans cette paroisse, et au sortir de nourrice André Auzépi la prit, à la prière dudit sieur Troupel  et l’a gardée chez lui depuis ce temps-là. Comme la mère était protestante, on n’a pas pu savoir, malgré les informations que l’on prit, si elle avait été baptisée. Le sieur Troupel a prié plusieurs fois ledit Auzépi de faire baptiser cette enfant, en conséquence, après l’avoir instruite ou fait instruire, nous l’avons baptisée ce jourd’hui. »

J’ai appris de la bouche d’un ancien du village, aujourd’hui décédé, que dans les années 30, une société choisie de dames bien pensantes et particulièrement charitables se réunissaient pour se livrer à une comptabilité bien spéciale : à partir de chaque mariage célébré, il s’agissait de calculer si la naissance qui le suivait était bien dans les neuf mois, ou si les époux étaient sensés avoir pris de l’avance. J’ignore si c’est sa conduite qui fut à l’origine de ce calcul, mais il y a eu à Saint-Florent une veuve joyeuse qui se maria enceinte jusqu’aux yeux, et fit en son temps scandale ! Anne Marie Joséphine André naquit en 1828, son père, Antoine André avait soixante-dix ans et sa mère Marie Anne Brahic, vingt-deux !!! Antoine André était le maire de Saint-Florent, un homme cultivé qui dès la Révolution  s’était fait remarquer dans son village, il en fut d’ailleurs maire jusqu’à sa mort à quatre-vingt-sept ans, très riche propriétaire, il vivait dans son château de La Fougassière, commandant à un personnel nombreux cultivant ses domaines du mas du Moureau et du mas des Terres, sa propriété s’étendant des actuelles cités Déparcieux jusqu’à la montagne du Majard ! Autant dire que sa fille et unique héritière était un parti intéressant, à dix-sept ans sa mère la maria à Léon Durand, avocat Alaisien ; leur ménage eut cinq enfants.

Hélas, le 11 avril 1861 maître Durand, s’éteignait à La Fougassière, soigné par le docteur Pierre Daniel. Il faut que les soins prodigués par le Docteur Daniel fussent de qualité… la dame Durand s’empressa d’en bénéficier ; ainsi, celle qui veuve depuis onze mois seulement ne pouvait que porter encore le deuil arriva, le 30 mars 1862, à la mairie, puis à l’église de Saint-Florent pour y épouser son médecin Pierre Daniel ! Quelle hâte, quelle précipitation… Et pourtant les saint-florentins n’avaient pas finir de s’étonner, le lendemain matin, 31 mars, la toute récente Madame Daniel accouchait d’une petite Marguerite, qui faillit donc naître au beau milieu de la noce de ses parents. Son second et mouvementé mariage ne lui porta pas chance, quatre ans plus tard son mari l’avait ruiné, vendant petit à petit tous les biens de sa femme… Ne jetons pas la pierre à Monsieur et Madame Daniel, dix ans auparavant, le ménage de Martin Laurent Berato et Félicité Dugas avait convolé en justes noces le 16 octobre 1851, et leur premier enfant était né le surlendemain, prématuré s’il en fût ! Tout ceci nous montre nos prédécesseurs tels qu’ils furent…

MENDICITE et INSECURITE

Considérons un peu – pour une fois – les déshérités du village ; les registres paroissiaux et ceux des délibérations du conseil de la communauté nous seront très utiles.

Des mendiants qui parcouraient le pays, comme d’autres fixés à Saint-Florent se trouvent mentionnés parmi les actes de sépulture : en 1687, une pauvre fille, âgée de vingt ans, dont on dit seulement qu’elle est native de Florensac, paroisse de Grandrieu, au diocèse de Mende, meurt dans l’auberge de Gabriel Auroux sans qu’on n’en sache plus sur elle ; en 1694, un pauvre homme mendiant, Etienne Janisson, du lieu de Saint-Bonnet près de Clermont en Auvergne ; toujours en 1694, une pauvre femme morte dans la maison appelée Delpeyré, n’ayant pas pu dire son nom, ayant ouï dire qu’elle était du village appelé Chanteloube ; en 1696, c’est Robert Bressoles, âgé de 70 ans, natif d’Arzenc, au diocèse de Mende, mendiant ; en 1699, Jeanne Mathieu veuve d’Antoine Gaillard, âgée de 40 ans, mendiante originaire de Chamborigaud ; en 1706, Jacques Saury a ému le curé qui précise « pauvre homme en biens de fortune, mais riche en grâces et en mérites » ; enfin, en 1755, on notera le décès « d’une fille appelée Marguerite, dont on ne sait pas le lieu de naissance, mendiant son pain, et s’étant retirée chez Bernardin Sugier ».

La présence de mendiants causait de réelles inquiétudes, le 14 février 1768, le conseil de la communauté de Saint-Florent se réunissait « considérant que depuis quelques temps plusieurs mendiants quittent les montagnes pour venir prendre résidence et mendier dans ladite paroisse de Saint-Florent, au moyen de quoi les pauvres patriotes se trouvent privés du pain et des aumônes qui leur appartiennent naturellement. La communauté a unanimement délibéré que les étrangers pauvres et mendiants qui y résident actuellement en partiront d’ici le 15 avril prochain, et que les habitants chez qui les étrangers pauvres et mendiants résident seront tenus de les expulser à peine d’une amende de 15 livres. »

Trois ans après, c’est un sentiment d’insécurité qui gagnait notre village ; le conseil assemblé le 19 mai 1771 s’inquiétait. Je ne résiste pas au plaisir de vous lire le début de cette délibération :  « on entend tous les jours des plaintes qui partent de toutes parts sur des vols de toutes espèces qui se commettent dans la paroisse, on n’entend que murmurer contre les voleurs qui, non content d’enlever en toute saison de nuit et de jour les fruits de la campagne qui sont sous la garde de la foi publique, ils portent encore leurs mains sacrilèges dans le Saint Temple du Seigneur, y enlèvent à la faveur des ténèbres le sacré dépôt des aumônes et des offrandes des fidèles, enfoncent les portes et les serrures des boutiques et emportent les marchandises qui leur conviennent… Ils arrachent les grilles des fourneaux et les bassines propres à filer la soie, enlèvent les gerbes liées sur les chaumes et les gerbes entassées en gerbier… Ce qui fait craindre que les malheureux qui travaillent à leur destruction ne se portent à cette cruelle extrémité d’arrêter et d’assassiner les voyageurs et les passants le long de leurs chemins… » On ne peut s’empêcher à cette lecture de penser à l’époque actuelle, sans doute ajouterait-on les vols de voitures et de câbles téléphoniques, qu’on pourrait mot pour mot écrire la même chose !

Dans le cadre de cette évocation du quotidien de nos prédécesseurs et des aïeux de certains d’entre nous, j’avais encore de nombreux points de l’Histoire de Saint-Florent à aborder avec vous… Vous parler des nourrices qui prenaient en pension les petits citadins ; des inondations qui ravagèrent notre terroir ; des procès que la communauté eut avec ses seigneurs au XVIIIe siècle ; des différentes mairies et maisons communes qui se succédèrent ; des bureaux de poste, des écoles, de l’usine de produits chimiques qui avant celle de Salindres transporta à Saint-Florent une industrie polluante mais génératrice de nombreux emplois ; de l’évêque de Nîmes Mgr Gilly et sa présence éphémère dans notre village ; de la famille Rivière-Dejean… J’en aurais surpris plus d’un en racontant comment le quartier du Martinet a quitté Saint-Florent obtenant son indépendance… Et je vous aurais fait trembler en évoquant trois affaires criminelles qui envoyèrent des Saint-florentins devant les Assises que furent l’attaque de l’auberge du Martinet, l’assassinat du médecin par l’instituteur cocu, ou la rixe mortelle entre ouvriers agricoles… Mais la crainte de lasser, et le désir d’en garder, peut-être pour une autre fois m’en ont retenu !

Il me reste à vous remercier pour votre présence, votre patience et votre attention… »

Sources écrites :
.  Archives municipales de Saint-Florent
.  Le Martinet et la vallée de l’Auzonnet à travers les âges – Alphonse ALBOUY – Editions Notre-Dame – Nîmes, 1957
.  Monographies paroissiales du Gard – Abbé Goiffon – 1881

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