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La Région

Rédaction  : Edmée Fache et Geneviève Padovani

CHRONO SUR LA  SOIE

3000 av.JC    :  L’élevage du ver à soie commence en Chine.

550                     :  Le ver à soie est élevé à Constantinople.

1150                   :  L’élevage du ver à soie débute en Cévennes avec l’arrivée d’œufs de bombyx et de plants de mûrier noir de Perse ramenés par les Croisés.

1234                  :  De la soie filée et tissée en Cévennes est vendue à Marseille.

1340                  :  Fabricant de soiries à Alès.

1500                  :  Le mûrier blanc de Chine (soie fine et légère) commence à remplacer le mûrier noir de Perse (soie forte et pesante) en France.

1540-1550      :  Plantation intensive subventionnée de mûriers blancs.

1599-1633       :  Olivier de Serres vulgarise la culture du ver à soie : sériciculture importante dans la vallée.

1659                   :  Nombreux mûriers plantés à St-Ambroix où le tirage (filature) de la soie se pratique              largement : les cocons et les fils sont vendus à la foire du 15 août.

1660                  :  Colbert reprend les efforts d’Henri IV pour développer l’industrie de la soie.

1689                  :  Raccordement de route de St-Ambroix au Pont d’Auzon où se rejoignent la route d’Alès et celle d’Uzès : facilite le commerce en particulier de la soie.

1709                  :  les fortes gelées ont anéanti châtaigniers, oliviers et vignes. Les propriétaires les remplacent en grande partie par des mûriers. Prime à la plantation dans la foulée.

1725                  :  Louis GILLY construit des chaudières fonctionnant au charbon, rapidement adoptées dans les filatures, teintureries, verreries et pour sécher les châtaignes.

1729                  :  Les Nouveaux Convertis prospèrent grâce à la sériciculture.

1750                  :  Expansion de la sériciculture et du filage de soie dans la vallée.

1752                  :  Subvention publique pour étendre les plantations de mûriers.

1770                  :  A St-Jean-de-Valériscle, prospérité marquée de la filature de Pomier.

1788                  :  29 filatures à St-Ambroix fonctionnent au charbon.

1789-1792      :  150 sériciculteurs et 10.800 mûriers dans la commune de St-Ambroix. Suite aux troubles de la Révolution, la  sériciculture perd des débouchés.

1810                  :  89 filatures employant 320 personnes fonctionnent à St-Jean, 35 jours par an. Cette industrie procure un emploi à 20% de la population St-jeannaise.

1811                  :  18 filatures à St-Ambroix : 40% des fils produits sont tissés dans la région et 60% envoyés à Lyon. Les fileuses gagnent 1fr40 par jour à St-Ambroix sur 30 jours : 42 fr pour la saison.

1820-1850     :  Age d’or de la sériciculture dans la Vallée.

1825                  :  1ère chaudière à vapeur à la filature de Pomier.

1831                  :  Apogée de la filature de soie de St-Jean.

1834-1839     :  Agrandissement de la filature de Pomier.

1840                 :  27 filatures en activité à St-Jean et les Mages.

1846                 :  Les fileurs doivent être âgées de 16 ans au moins.

1850                 :  maladie du vers à soie en Cévennes : la pébrine.

1852                  :  2ème machine à vapeur à la filature de Pomier qui emploie 60 fileuses.

1852-1853      : Les fileuses d’Alès et St-Ambroix déclenchent le mouvement ouvrier.

1854-1855      : La pébrine fait des ravages.

1865                  : J.B. DUMAS, Académicien des Sciences et Député du Gard demande à son ancien élève, Louis PASTEUR,  de chercher un remède aux maladies du ver à soie qui ruinent les Cévennes.

1870                :  L. PASTEUR découvre un remède et fait ainsi relancer la sériciculture.

1885                :  L’ancienne filature de Pomier transformée en bureaux des Houillères.

1904               :  Régression de la sériciculture dans la vallée.

1930                :  La soie artificielle ruine la sériciculture cévenole. Fermeture de la dernière filature de St-Jean.

 

Rédaction  :  Edmée Fache

 Une civilisation de la soie

« En 1853, les Cévennes et le Gard produisaient plus de la moitié des cocons de France (62%) mais on élevait aussi le ver à soie dans 53 départements dont le Nord et l’Alsace et des filatures de soie fonctionnaient sur les Champs-Elysées à Paris.

Pourquoi, en définitive, cette sorte d’engouement et de spécialisation pour la soie en Cévennes ? Pour deux raisons, l’une technique et l’autre économique. Le mûrier, formé en haute tige et taillé pour les besoins de l’élevage en mai et juin, a constitué avant la lettre, une culture sans sol. Imaginons la densité de la population cévenole à l’époque sur une région à faible possibilités culturales et réfléchissons aux moyens de développer une nouvelle culture sans réduire les vivres pour les gens et les divers animaux élevés. C’est ce qui a été réalisé avec le mûrier. En effet, celui-ci, planté sur les traversiers, était dépouillé de ses branches et de ses feuilles pour l’élevage pendant tout l’été, période où se développaient les cultures vivrières. Quand il était à nouveau feuillu, c’était l’automne, c’est-à-dire le moment de la récolte des plantes nourricières (pommes de terre, raves, navets, haricots, pois chiches…). Le mûrier bénéficiait des travaux du sol, c’est-à-dire qu’il était dans les conditions optimales pour produire un maximum de feuilles tout en maintenant le sol des terrasses par ses racines pivotantes très profondes. Ainsi l’introduction de la sériciculture, du point de vue occupation des sols, a été presque insignifiante comme contrainte.

Sur le plan économique, deux avantages considérables étaient attachés à la production de soie.

Premièrement,la vente des cocons était la seule rentrée printanière d’argent frais pour les Cévenols. Les cocons se vendaient, vers 1850, six francs or le kilo, soit soixante francs actuels [de 1979], ce qui n’a jamais été atteint par la suite à cause, notamment, du percement du Canal de Suez (par le français Ferdinand de Lesseps), facilitant l’importation des soies asiatiques.

Deuxièmement, le dévidage des cocons dans les filatures assurait du travail aux femmes et filles de sériciculteurs pendant l’automne et l’hiver, ce qui complétait par cette alternance d’activités les gains des paysans et leur a permis de bâtir ces maisons fortes que sont les magnaneries cévenoles. Il s’est ainsi constitué une civilisation de la soie comprenant également le moulinage, ou torsion du fil, en Ardèche, et la bonneterie (fabriques et travail à domicile) dans l’Hérault et le Gard. Le ver à soie dominait la vie régionale.»

André Schenk – Causses et Cévennes, 1979 in Dire les Cévennes, mille ans de témoignages sous la direction de Patrick Cabanel – Presses du Languedoc – Montpellier, 1994

La Soie 1

Secteur Primaire - Agriculture - Les particuliers

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La couvaison de la graine

« La plupart des Cévenols qui vont élever des vers à soie emportent avec eux de la graine des Cévennes parce qu’on regarde, avec raison, les vers élevés dans les montagnes comme plus vigoureux que ceux des plaines.

Le printemps est, comme on l’a dit, l’époque de la couvaison. Le moment n’en peut être déterminé de manière précise ; il faut consulter la saison et les progrès du mûrier et combiner ses opérations de manière que le développement de la feuille corresponde à la naissance des vers.

Un hiver doux vers sa fin doit faire craindre des froids tardifs et des gelées d’avril, qui grilleraient les premiers bourgeons. En général, on peut épier le moment favorable de faire éclore du 15 au 25 avril ; plus tôt on peut raisonnablement commencer, moins les vers seront exposés à souffrir des grosses chaleurs dans leur dernier âge.

Avant tout, il faut diviser sa graine en petits paquets d’une ou deux onces au plus ; on enveloppe chacune de ces pesées dans un morceau de linge usé, d’environ trois centimètres en tous sens, et l’on noue chaque paquet avec un petit cordon mais de manière à ne pas serrer ou comprimer la graine. On place tous ces nouets au pied du lit, dans un coin de la paillasse ; ils y restent huit ou quinze jours selon les progrès de la végétation et de la chaleur ; on ne néglige pas d’ailleurs de les visiter. Cette première opération n’est cependant, en général, que préparatoire, et voici les procédés que l’on suit dans les Cévennes pour la couvaison proprement dite. Lorsque l’on voit que le temps est tout à fait propice au développement de la graine, l’homme chargé de cet emploi a une corbeille en dedans duquel il place tous les paquets de graine ; un bâton fixé d’un bout à l’autre de la corbeille lui sert à les suspendre [librement] …

Le directeur de cette opération couche alors cette corbeille avec lui, dans son lit ; il la place le long de son corps et la retourne de temps en temps, afin que toutes les parties reçoivent une chaleur égale ; il ouvre même les nouets afin d’en faire évaporer la transpiration. En se levant le matin, il met la corbeille à la place qu’il vient de quitter, la recouvre de ses draps et couvertures et l’abandonne pendant trois heures environ. Au bout de ce temps, la chaleur du lit est trop baissée pour agir sur la graine et l’homme se recouche pour la faire remonter. Il y emploie environ trois autres heures, et ainsi de suite jusqu’à ce que les vers soient éclos. On faisait autrefois coucher, pendant le jour, ou un enfant ou un chat ou un chien à côté de la graine ; on y suppléait encore par une bassinoire, un vase renfermant de l’eau chaude ou quelque corps dur chauffé à point, mais cet usage est maintenant abandonné. Plusieurs ne mettent pas la graine dans leur lit pendant la nuit, mais ils placent le panier entre deux couvertures près d’eux ou le recouvrent de leurs habits encore chauds..»

M. Reynaud – Des vers à soie et de leur éducation en Cévennes – 1812  In Dire les Cévennes, mille ans de témoignages sous la direction de Patrick Cabanel – Presses du Languedoc – Montpellier, 1994

 Maladies du ver à soie

[ Jean-Baptiste Dumas (1800-1884), natif d’Alès, chimiste, Académicien des Sciences, est Sénateur du Gard depuis une vingtaine d’années alors que la sériciculture cévenole subit une crise profonde du fait des maladies touchant le ver à soie. Il fait appel à Louis Pasteur, son élève et son collègue, pour étudier le fléau et y trouver remède. ]

« Je quittai Paris le 6 juin 1865, me rendant à Alès dans le Gard, le plus important de tous nos départements pour la culture du mûrier et celui où la maladie sévissait avec la plus cruelle intensité. La récolte avait été déplorable, une des plus mauvaises que l’on eût jamais vues, malgré l’appoint d’excellentes graines arrivées du Japon. Les éducations venaient d’être terminées. On put néanmoins m’en indiquer une qui touchait à sa fin et qui était située à un kilomètre de la ville. Je m’installai auprès de la petite magnanerie, me familiarisant de mon mieux avec la nature de la maladie par d’incessantes observations.

Je rendis compte de celles-ci à l’Académie des Sciences au mois de septembre 1865, avec toute la réserve que commandait mon inexpérience. Mes études des années subséquentes n’ont été que le développement de mes premiers aperçus. Aujourd’hui, j’ai la ferme conviction d’être arrivé à la connaissance d’un moyen pratique, propre à prévenir sûrement le mal et à empêcher son retour à l’avenir. Aussi, bien que j’aie consacré près de cinq années consécutives aux pénibles recherches expérimentales qui ont altéré ma santé, je suis heureux de les avoir entreprises et qu’une parole auguste m’ait donné le courage d’y persévérer. Les résultats auxquels je suis arrivé offrent peut-être moins d’éclat que ceux que j’aurais pu attendre de recherches poursuivies dans le champ  de la science pure, mais j’ai la satisfaction d’avoir servi mon pays en m’appliquant, dans la mesure de mes forces, à trouver un remède à de grandes misères.

C’est l’honneur du savant de placer les découvertes qui ne peuvent avoir à leur naissance que l’estime de ses pairs bien au-dessus de celles qui conquièrent aussitôt la faveur de la foule par l’utilité d’une application immédiate ; mais, en face de l’infortune, c’est également un honneur de tout sacrifier pour tenter de la secourir.»

Louis PASTEUR – Etudes sur la maladie du ver à soie – Gauthier-Villars Editeur – Paris, 1870

Sériciculture dans le canton de Saint-Ambroix

3.000 ans avant Jésus Christ, la Chine pratique l’élevage du ver à soie. Au VIe siècle après JC, l’empire byzantin développe l’élevage du bombyx grâce, semble-t-il, aux vers à soie rapportés par deux missionnaires envoyés en Chine par l’Impératrice Théodora. Les conquérants arabes diffusent cet élevage en Espagne. En Cévennes et en Languedoc, il ne pénètre qu’au XIIe siècle avec le retour des Croisés qui ramènent œufs de bombyx et plants de mûrier noir, arbre dont se nourrit le ver à soie.

Les textes attestent qu’en 1234, de la soie des Cévennes est transportée à Marseille et, qu’en 1296, un habitant d’Anduze vend un bien à des trahendiers, artisans qui dévident les cocons de vers à soie ; un fabricant de soie est cité à Alès en 1340. Anduze est alors un centre important de sériciculture dans des Cévennes restées à l’écart de l’hérésie albigeoise et de la répression qui suit. De nouveaux métiers apparaissent : les sédiers vendent les « graines » de vers à soie (les œufs) aux Magnaniés qui élèvent les vers.Les sédiers collectent ensuite les cocons obtenus, qu’ils revendent à profit aux trahendiers qui les dévident. Les magnaneries se multiplient.

Fin XVe-début XVIe siècles, les guerres d’Italie font découvrir une nouvelle variété de mûrier : le mûrier blanc de Chine qui donne une soie de qualité nettement supérieure grâce à un fil plus fin que celui obtenu en nourrissant les vers avec des feuilles de mûrier noir de Perse. Henri IV, qui souhaite que l’industrie de la soie se développe en France, demande à l’agronome ardéchois Olivier de Serres de diffuser largement des plants de mûrier blanc et d’encadrer les éleveurs afin d’améliorer leurs techniques. Des subventions sont versées par l’Etat et la sériciculture connait un franc développement. La physionomie de la région se transforme : l’artisanat d’autoconsommation devient industrie de masse, modifiant les équilibres séculaires jusques dans les hameaux les plus reculés.

« L’arbre d’or » (le murier) est désormais roi des Cévennes, aux côtés de « l’arbre à pain »  (le châtaignier). Toutefois, l’implantation de la sériciculture et de l’industrie de la soie n’a pas remplacé l’agriculture, la préoccupation première des populations sous l’Ancien-Régime demeurant la mise en valeur des terres pour la nourriture de la famille.

Le travail de la soie est conçu comme une activité d’appoint apportant un complément de ressources. Le cardage de la laine, le tissage du fil de soie, le tricotage des bas… se font pendant les temps morts des travaux des champs. En 1659, des actes notariés signalent à St Ambroix plusieurs champs en bordure de Cèze, complantés en châtaigniers, vignes et mûriers. A cette date, le tirage de la soie (la filature) s’est largement répandu à Saint-Ambroix et la foire du 15 août favorise le ramassage des cocons produits par les sériciculteurs.

Les efforts d’Henri IV sont repris 50 ans plus tard par Colbert dans sa politique d’expansion économique et de promotion des industries du luxe.

Au début des années 1700, le climat change ; un net refroidissement des températures couplé à la crise économique découlant des nombreuses guerres menées par Louis XIV mettent un frein à l’expansion de la sériciculture qui doit à nouveau être encouragée par des subventions vers 1750. Le désenclavement des Cévennes par l’aménagement des voies de communication facilite le redémarrage  de l’activité.

Saint-Florent et les villages de la haute vallée de l’Auzonnet appartiennent au canton de Saint-Ambroix, où se pratique la sériciculture, c’est-à-dire l’élevage du ver à soie et où fonctionnent des filatures.

En 1789, le recensement économique de Saint-Ambroix annonce 150 sériciculteurs dans la commune où 10.800 mûriers permettent de produire 28 tonnes de cocons donnant 2,5 tonnes de soie grège et de fil de trame. Le recensement de 1792 annonce 29 filatures fonctionnant au charbon de terre et appartenant à la bourgeoisie locale. Le recensement de 1805 compte 18.000 mûriers mais les troubles de la période révolutionnaire suscitent une nouvelle crise de la branche. En 1811, on ne compte plus que 18 filatures employant 369 ouvriers. Saint-Ambroix produit surtout des fils de trames dont 40% sont utilisés par les tissages réalisés en région et 60% sont exportés vers Lyon.

Des rentiers et des marchands investissent dans cette branche : ils la financent en achetant à l’avance lots de feuilles de mûrier et cocons produits par les paysans, confisquant au passage une importante part de profit.

Bien que réputée pour son adresse, la main d’oeuvre employée dans les filatures est exploitée : travail temporaire (25 à 40 jours par an), horaires pénibles (du lever du jour à la tombée de la nuit), températures extrêmes à cause du chauffage des bassines à 80° et du chaud soleil d’été pénétrant par les larges fenêtres, odeurs de pourriture des vers morts dans les cocons, profondes coupures des doigts par le fil coupant. Les postes de travail très durs de « vireurs », qui nécessitent dextérité et souplesse, sont confiés à des enfants.

Le travail de la soie retrouve une grande prospérité de 1820 à 1853.

En 1853, apparaissent la pébrine puis la flacherie, maladies qui déciment les vers à soie et ruinent la sériciculture cévenole. En 1865, Jean-Baptiste Dumas, Académicien des Sciences et sénateur du Gard, fait appel à Louis Pasteur génial chercheur qui a déjà vaincu plusieurs microbes, virus et champignons. Pendant cinq ans, Pasteur et son équipe étudient les maladies du ver à soie.

En 1869, les remèdes adaptés sont mis au point et divulgués. Les sériciculteurs reprennent espoir mais pendant l’arrêt de la production, les industriels de la soie ont trouvé d’autres sources d’approvisionnement en Chine, au Japon et en Italie. Les autorités cévenoles demandent que les importations de soies grège et de cocons soient frappées d’une imposition protectrice. L’Etat obtempère et soutient la formation des sériciculteurs. Dans le Gard, des magnaneries sont créées au sein des écoles primaires afin de former les enfants aux nouvelles techniques. La branche retrouve quelques beaux jours mais la faible rémunération des paysans ne permet pas à la production de décoller franchement. Les choses s’améliorent pendant la première guerre mondiale, suite au ralentissement du commerce international.

A compter des années trente, l’apparition de la soie artificielle porte un coup fatal à la branche qui disparaît totalement à l’aube des années 1960. La ruine de la sériciculture cévenole entraîne l’exode vers les grandes villes des 100.000 familles cévenoles qui tiraient leurs revenus monétaires de l’élevage du bombyx et de la filature de la soie : c’est la désertification des Cévennes.

Sources :
  • Le Gard de la Préhistoire à nos jours, sous la direction de Raymond HUARD – Editions Jean-Michel Bordessoules, Saint-Jean d’Angély 2003
  • Sériciculture dans le canton de Saint-Ambroix – Cécile et Pierre CLEMENT – in Encyclopédie des Cévennes n°15 – 1993
  • Sériciculture en Cévennes – Lucien ANDRE – in Encyclopédie des Cévennes n°11 – 1990

 Bernardou à la filature

« Il y avait aussi la filature. Il entrait avec un respect religieux dans cette grande nef aux vitraux blancs aussi hauts que ses murs. Et à peine entré, c’était la griserie du tumulte, de la chaleur, du mouvement. La vapeur sifflait, l’eau bouillante grondait dans les cinquante bassines où s’assouplissaient l’écorce soyeuse des cocons, les pistons faisaient leur tic-tac régulier, et cinquante soleils d’or tournaient, tournaient, chargés à chaque tour d’un nouveau fil de soie, et leur éclat l’aveuglait.

Il ne se lassait pas du spectacle. Il parcourait les deux grandes allées, essayant de saisir le moment où le fil ténu se posait sur la roue tournante. Il s’arrêtait devant la machinerie visible derrière un vitrage et s’amusait du jeu des bielles, des pistons bavant l’huile, et des lentes courroies. Puis il courait voir son ami le chauffeur, pour le plaisir d’admirer le four rougeoyant, quand il l’ouvrait et y lançait des pelletées de charbon. Quelquefois, il apportait une poignée de châtaignes, des pommes de terre, qu’il posait dans le cendrier : elles cuisaient rapidement sous la pluie d’escarbilles qui montait du foyer. Et le louveteau toujours affamé les dévorait en se brûlant.

Il montait ensuite à la « chambre chaude » où sa mère était plieuse. Quand une roue avait son plein de soie, on la portait là pour bien la sécher. Puis les deux plieuses, d’un geste sec, rabattaient une aile de la roue et cueillaient l’écheveau qui s’offrait, le tordaient comme un linge qu’on essore, en une tresse éblouissante. Bernardou caressait la soie du plat de la main : c’était doux, doux…

Il descendait ensuite dans la salle basse des « recetteuses ». C’étaient de vieilles femmes à qui on réservait le travail facile de trier les cocons, de séparer les « peaux », cocons flasques et transparents, pauvres en soie, et les « doubles » où deux vers ont emmêlé leurs fils. Il bondissait soudain sur le dos de sa vieille amie Mansole dont il connaissait l’indulgence infinie à son égard, lui demandait une sornette et s’asseyait pour écouter sur un tapis de cocons, choyé et caressé par toutes ces vieilles.

Mais ses plus longs séjours à la filature, il les faisait entre les genoux d’une de ses préférées, Maria ou Zorilla. Il ne pouvait se lasser de voir la danse des cocons dans l’eau chaude, comme de charmants lutins qui bondissent, et chaque bond leur arrache un fil de soie dont s’enrichit la roue. Peu à peu, la tunique du cocon devient transparente, et, soudain épuisé, il tombe au fond de la bassine ; ce n’est plus qu’une petite chose noire, une chrysalide bouillie, un « babot ». Vite la fileuse d’un doigt agile lui donne un remplaçant, et le fil continue à se dévider, la roue à tourner. Il faut quatre à cinq cocons pour faire un fil qui soit assez solide en restant ténu et conserver la royauté de la soie grège des Cévennes parmi toutes les soies du monde et, par la suite, des belles soies lyonnaises qui en sont tissées.

Quand la fileuse avait épuisé ses cocons, elle ouvrait un robinet, réchauffait l’eau de sa bassine sous un jet bouillant de vapeur, y versait des cocons neufs soigneusement triés. Puis, avec un petit balai de bruyère, elle battait prestement sa blonde moisson ; des fils s’accrochaient au balai, s’y emmêlaient, c’était bientôt une épaisse toison qu’elle saisissait à pleines mains, allongeait, allongeait, jusqu’à ce qu’à sa racine, le fil jaillît mince et pur. Elle ajustait ce fil à l’écheveau commencé sur la roue, et la danse des lutins recommençait. Zorilla apprit à Bernardou à lancer rapidement le cocon neuf qui va rejoindre le cocon épuisé et prendre sa place. Il y réussit vite : nouveau sujet de joie.

A la filature, on bavardait de voisine à voisine, mais le surveillant n’aimait pas beaucoup cela. Et puis le bruit continuel des machines, de la vapeur, empêchait que l’on s’entendît bien. Alors on chantait. Bernardou écoutait avec d’égal délice la romance de la belle qui voulait se marier, la complainte de Fualdès ou la chanson des blés d’or.

Ainsi passait-il de longues heures en ce royaume enchanteur parmi les merveilles du rêve et de la féérie..»

Aimé Lafont – Bernardou, Félibre du Cep – Larousse – Paris, 1934

 

 

 

Une réponse à La Région

  1. LEBOUCHET Gérard dit :

    Bonjour,
    En consultant votre site, très intéressant, j’y ai vu une belle photo représentant l’encabanage. J’écris un ouvrage sur mon village (Gordes, dans le Vaucluse) dans lequel je réserve un chapitre sur la soie. M’autoriseriez-vous à reproduire ladite photo, en précisant la source bien sûr, car je manque d’images (le Vaucluse n’étant pas aussi riche que votre département en témoignages, musées…).
    En vous remerciant pour votre attention, je vous adresse mes meilleures salutations.

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