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Les Moulins

Rédactrice : Edmée Fache – Pierre Mazodier

Les moulins de l’Auzonnet

L’usage courant, à partir du XIIe siècle, de l’arbre à came qui transforme un mouvement rotatif en mouvement alternatif favorise le développement des moulins qui désormais pilent, martèlent et foulent. Le moulin hydraulique se diffuse pendant toute la période médiévale, source de rentrées financières importantes pour la noblesse et les monastères qui investissent dans ce type d’équipements. L’utilisation de l’énergie hydraulique plutôt qu’animale ou humaine permet une productivité sans comparaison avec celle disponible dans l’Antiquité : en une heure, chaque meule d’un moulin à eau peut moudre 150 kilos de blé ce qui correspond au travail de 40 serfs.

Le martinet ou marteau hydraulique est semble-t-il mis au point par les moines qui en généralisent l’emploi dans toute l’Europe. Les moines ont besoin d’outils pour l’agriculture, le terrassement, la construction… Il leur faut des clous de charpente, des serrures…. Dès le XIIe siècle, ils encouragent l’évolution des techniques en mécanisant certaines étapes du travail du fer. Les forges actionnées à l’énergie hydraulique démultiplient la capacité de production des forgerons. Grâce aux martinets (ou marteaux pilons), on travaille plus rapidement des pièces plus imposantes. Actionné par la roue du moulin, le mécanisme du soufflet de forge propulse suffisamment d’air à l’intérieur des fours pour élever la température à plus de 1.000 °C, permettant d’obtenir des aciers de bien meilleure qualité.

En Cévennes, depuis le Moyen-Age, de nombreux moulins jalonnent le moindre ruisseau, le moindre valat… Ces moulins réduisent en farine les châtaignes sèches. Ils broient les céréales, le minerai de fer, les écorces ou graines de plantes pour la teinturerie et, dans les basses vallées, écrasent les olives.

L’ Auzonnet a été l’une des rivières cévenoles les plus actives. En effet, avant les bouleversements de terrains occasionnés par l’extraction industrielle du charbon aux XIXe et XXe siècles, le débit de la rivière est nettement supérieur au débit actuel. Toutefois, les importantes fluctuations saisonnières de la pluviométrie limitent le fonctionnement des moulins et martinets aux mois pluvieux, généralement de septembre-octobre à avril-mai. Les barrages (levades ou resclauses)  élevés pour créer une réserve d’eau dans le lit de la rivière servent aussi pour arroser les cultures et abreuver le bétail. Les béals, souvent creusés dans le rocher au niveau des barrages, conduisent l’eau aux moulins. Les crues fréquentes de la rivière endommagent les aménagements réalisés sur son cours.

Ainsi, longtemps avant l’exploitation minière industrielle, une activité intense règne dans la vallée de l’Auzonnet où les martinets des nombreux pico tacho (de tach, clou en langue celtique) frappent les tiges de fer servant à fabriquer les clous qui font la renommée de la vallée dans tout le Languedoc et au-delà. Les martinets et ateliers de cloutiers de la Vallée sont détruits pendant les troubles religieux que traverse la région aux XVIIe et XVIIIe siècles.

Au XIXe siècle, les lourdes mécaniques actionnées par l’eau de l’Auzonnet entrainent encore plus de dix-huit moulins à farine, deux moulins à huile, deux foulons et une papeterie. Tous sont aujourd’hui arrêtés mais des vestiges demeurent, parfois, enfouis sous les ronces et les éboulis.

En partant de la source de l’Auzonnet, on trouve un premier moulin à blé ou à châtaignes sous le château de Portes. Disparu, il laisse son nom au « bois du moulin » qui subsiste. Sous le château de Portes, existe aussi au moins un moulin à écraser le minerai de fer dont une des meules est retrouvée dans le château.

Le cours supérieur de la rivière garde les ruines des moulins de Petassas (mine de charbon, à Portes) puis de celui de Palmesalade où le Chemin de Regordane franchit l’Auzonnet sur un pont romain (plutôt roman semble-t-il) dont subsiste une arche d’origine. Là s’élevait la ‘Gleizette » (chapelle) que jouxtait une infirmerie et une mine de fer où le minerai affleurait, exploité dans les « baumas ». Face au château de la Plane, près du mas de Terrelongue et du mas des Subes (de suba=piège à loup), un barrage alimente un moulin.

En aval, la rivière contourne la montagne du Rouvergue en remontant vers le nord-est jusqu’au Gour Nègre où l’Auzonnet reçoit son premier affluent, le Valat de Cessous, qui collecte les eaux du torrent de Clotet. En 1705, le père d’Antoine Deparcieux crée un moulin sur ce valat de Cessous. Enfant, l’Académicien joue près de ce moulin qui fonctionne jusqu’en 1938. Un second moulin fonctionne également sur le valat de Cessous.

Des martinets existent plus bas sur l’Auzonnet, aux Fabrègues (de fabrega=forge, atelier métallurgique) où les taillandiers forgent faux, fourches et autres outils tranchants.

Les textes attestent qu’en 1591, au hameau du Martinet, les martinets du Crouzoul (la Bastide) et du Sautadou sont couplés à des moulins.

Un peu plus bas, un moulin fonctionne près du Mas Richard, un autre est construit au hameau des Esteyraings au XIXe siècle.

A Saint-Florent, au quartier des Peyrouses, un moulin à farine dont le bâtiment demeure, fonctionne avec l’eau de la source alimentant Saint-Florent. La Fontaine des Peyrousses est un important affluent de l’Auzonnet.

A la limite des communes de St-Florent et St-Jean, au confluent du valat de Fontanieu et de l’Auzonnet, un barrage (levade) alimente à partir de 1786 l’important moulin de La Traverse (appelé aussi Moulin de Jean Latran), établi près du mas de la Traverse (appelé aussi  Mas de Jean Latran) et du mas Devèze (appelé aussi Mas Murjas).

Cet ensemble complexe comprend deux meules à farine, une à gruau et un moulin à huile. Il comporte aussi un moulin à foulon qui permet de fabriquer divers tissus. Le moulin de Traverse fonctionne jusqu’au début du XXe siècle puis disparaît lors de la construction du puits de mine de Saint-Florent (>1946<1950).

L’Auzonnet traverse ensuite la commune de Saint-Jean de Valériscle où fonctionnent de nombreux moulins à blé, à châtaignes, à huile, à fer. Ainsi, le martinet de Marican, alimenté par un barrage érigé par la famille Pomier en 1492. Ce martinet est transformé vers 1640 en moulin à blé qui subsiste jusqu’en fin du XIXe siècle.  Au Barry, fonctionne le moulin Brahic.

A Meilhen (hameau de St-Jean avant la création de la commune des Mages), l’Auzonnet reçoit le valat de Crouze descendu du Serre de Banassac. Là, un barrage sur l’Auzonnet actionne un moulin à farine et à l’huile dont le bâtiment et les installations subsistent et pouvaient encore tourner récemment. Trois papeteries couplées à des moulins à foulon fonctionnent pendant tout le XIXe siècle. Le papier est fabriqué à partir de chiffons collectés dans la Vallée, malaxés puis mis à pourrir pour donner la pâte à papier. Les moulins à papier sont endommagés par la crue centennale de 1907.

L’Auzonnet poursuit ensuite sa route vers la plaine céréalière et le vignoble de St-Julien de Cassagnas. A deux pas du moulin Thibon où l’Auzonnet reçoit l’Alauzène, il prend le nom d’Auzon. Parvenu à Rochegude, à la fin de son cours, il se jette dans la Cèze à 160 mètres d’altitude, soit un dénivelé total depuis sa source de 390 mètres.

Sources écrites :

  • Au fil des eaux cévenoles… l’Auzonnet – Lucien ANDRE – in Encyclopédie des Cévennes n°5 – Alès, 1971
  • La vallée de l’Auzonnet – Gérard DELMAS – Massy, 2002

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