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La Gendarmerie

Rédactrice : Edmée Fache

En 1356, les maréchaux veillent à la discipline dans les armées et répriment les délits des gens de guerre. A la fin de la Guerre de cent ans, désireux d’en finir avec les excès des troupes de soldats livrées à elles-mêmes, Charles VII crée en 1439, un corps permanent d’archers et de « gens d’armes », des soldats d’élite réglés et soldés vêtus de rouge. En 1475, Louis XI développe la justice expéditive des prévôts. A partir de 1514, la Maréchaussée administre la justice aux gens de guerre en garnison. En 1536, François Ier étend les pouvoirs de la Maréchaussée aux crimes de grand chemin, que leurs auteurs soient militaires ou civils, pour réprimer notamment « les prédicateurs protestants qui apportent la sédition dans les provinces et provoquent des attroupements ». De 1560 à 1598, les guerres de religion menées par des soldats fanatiques et des mercenaires, saignent la France pendant que la Maréchaussée tente de sécuriser les routes et de protéger les villages. Au début des années 1600, les lourds impôts prélevés sur la population fomentent des jacqueries.

En 1670, Colbert réforme les attributions de la Maréchaussée. En 1720, forte de 3.500 gendarmes habillés en bleu, la Maréchaussée est organisée en brigades de cinq hommes responsables d’un secteur d’une cinquantaine de kilomètres de diamètre dans lequel s’effectuent des tournées quotidiennes. En 1769, de nouvelles brigades sont créées pour mieux couvrir le territoire. L’équipement des cavaliers de la Maréchaussée est à leur charge mais ils sont hébergés par les collectivités locales. Dirigé par des militaires, ils sont inégalement répartis dans le royaume : la région parisienne est bien pourvue quand l’immense Languedoc, prompt à la révolte, est très pauvrement doté. La Gendarmerie compte 3.660 hommes en 1788.

A la Révolution, tous les cahiers de doléance des délégués du Languedoc demandent le renforcement de la Maréchaussée, une justice égale pour tous et la suppression des tribunaux d’exception. En 1791, la Maréchaussée devient la « Gendarmerie Nationale » avec pour devise « Force à la Loi ». Subordonnée au pouvoir civil, elle assure, à l’intérieur du pays, le maintien de l’ordre et l’exécution des lois en prévenant et en réprimant. Les effectifs sont portés à 7.250 gendarmes répartis en 1.295 brigades. En 1801, Napoléon Bonaparte s’appuie sur la Gendarmerie pour combattre l’anarchie et le brigandage sévissant dans le pays ruiné. Il augmente sensiblement les effectifs et revoit l’organisation territoriale.

A la tête de cinq cents gendarmes, le général Radet purge les départements du Gard, de l’Hérault, du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône des brigands qui les pillent. Cet officier réforme totalement la brigade d’Alès, renvoie les éléments défaillants et relève le moral des autres.

Désormais, la Gendarmerie est forte de 15.610 hommes dans 1.750 brigades à cheval et 750 à pied. En 1804, sa double mission est confirmée : surveillance civile et militaire fondée sur sa parfaite connaissance des lieux et des personnes. La Gendarmerie se militarise de plus en plus durant le premier Empire et s’illustre sur les champs de bataille. Pour Napoléon Ier, elle constitue l’élite de l’armée, chargée de faire appliquer partout le Code civil.

La Restauration reproche à la Gendarmerie son attachement à l’Empereur mais l’institution retrouve vite ses prérogatives pour protéger la propriété et les privilèges retrouvés par la noblesse. En 1815, la Gendarmerie compte 18.000 hommes dont 5.000 à pied. Le retour en force de la religion catholique encourage la répression. Ainsi, en 1816, à Nîmes des royalistes assassinent des protestants, à Avignon la foule assiège la prison pour « en finir avec les bonapartistes et les jacobins ». En 1817, les gendarmes font face à de nombreuses émeutes du grain et de la farine. Aux côtés de la troupe, ils répriment la révolution, lors des Trois glorieuses de 1830 qui fait tomber le régime. La Gendarmerie connait une nouvelle disgrâce au bénéfice de la Garde nationale, milice bourgeoise recrutée parmi les citadins qui se révèle vite incapable de maintenir l’ordre.

A Paris, la Gendarmerie est reconstituée en 1834, la royauté découvrant l’acuité de la question sociale dans les grandes villes industrielles où Républicains et autres démocrates tentent de récupérer les forces contestataires. La couverture du territoire se resserre, la surveillance s’intensifie. Les renforts sont mis en place là où se développe l’industrie, comme dans les villes minières du Midi. On mobilise la Gendarmerie aux côtés de la troupe aux premières grèves insurrectionnelles. Elle intervient partout pendant le cruel hiver de famine 1846-1847, protégeant les propriétaires contre les pilleurs. Les ¸se poursuivent pendant l’année 1847.

Pendant les inondations de 1847, les gendarmes portent secours à la population. Dans le Gard, ils évacuent des malades sur leurs épaules, dégagent des charretiers coincés sur des routes inondées et sauvent près d’Alès deux voyageurs de commerce  portant sur eux 300.000 francs en billets de banque. La complicité de la population est acquise à la Gendarmerie en cas de crime et de brigands. Les infanticides, qui étaient monnaie courante au XVIIIè siècle, commencent à être dénoncés. Par contre, la population rurale est très attachée au droit de chasse obtenu à la Révolution et le gendarme ne sort pas toujours vainqueur de sa lutte contre le braconnage, au grand regret des riches propriétaires fonciers. En 1847, la Gendarmerie contrôle aussi les cabarets où, en période électorale, se tiennent des discours enflammés et les fêtes de village, traditionnellement bien arrosées.

Si la population apprécie que les gendarmes arrêtent les travailleurs étrangers sur les chantiers du chemin de fer, elle réprouve leurs interventions dans les usines pour interdire les attroupements d’ouvriers qui n’ont pas encore le droit de grève. En 1848, le maintien de l’ordre nécessite la création d’un bataillon de Gendarmerie mobile. Les effectifs de gendarmes sont confortés pour répondre aux concentrations d’ouvriers et à l’augmentation des voyageurs sur le réseau ferré. En cette période de disette, plane le spectre de la guerre civile pendant que les bandes de pillards sillonnent le pays et que gronde la colère de la gauche républicaine. Pour rétablir l’ordre public et lutter contre les insurgés, on en appelle à la Gendarmerie. En 1850, chaque canton est doté d’une brigade de Gendarmerie de cinq hommes au moins. En 1851, face aux troubles organisés par les socialistes et les anarchistes, le Prince-président flatte la Gendarmerie et l’Armée, chargées de rétablir la morale, la justice et l’autorité. Le coup d’état est proclamé dans la foulée.

En 1852, Napoléon III redonne à la Gendarmerie une place d’honneur tout en la remilitarisant. Elle assure l’ordre pendant l’installation de la Révolution industrielle et financière qui déplace des foules de ruraux vers les villes, nouveau théâtre des affrontements sociaux. Le gendarme doit pour assurer le changement dans l’ordre et défendre la sécurité des biens.

En 1870, la troisième République se méfie de la Gendarmerie si honorée sous le second Empire mais très vite, il faut affronter la guerre sociale à travers les évènements sanglants de la Commune pendant laquelle la Gendarmerie défend l’Etat. Les élections municipales de 1872 amènent de nouveaux affrontements entre républicains, royalistes, socialistes, radicaux… La Gendarmerie se partage entre répression des grèves, lutte contre contrebandiers et braconniers et répression du grand banditisme que guerre, chômage et misère suscitent. En 1872, l’effectif de la Gendarmerie est porté à 23.000 hommes. Le puissant renouveau de la foi conduit par un clergé passionné marque la société.

Bien qu’elle s’efforce de servir l’Etat sans entrer dans le jeu politique, les ouvriers tiennent la Gendarmerie pour complice du pouvoir libertaire. Les préfets la chargent de réprimer les provocations antireligieuses, de pourchasser les colporteurs qui diffusent la presse d’opposition et de surveiller les instituteurs soupçonnés d’opinions républicaines. En 1876, les conservateurs perdent les élections, les républicains triomphent dans une république qui s’installe peu à peu avec le ralliement des paysans puis des propriétaires.  Les campagnes, dans le Midi notamment, ont voté en faveur des Républicains. En 1879, Jules Grévy, un modéré, est élu Président de la République. Cette fois, rien n’est ne reproché à la Gendarmerie qui s’est bornée à exécuter les ordres reçus des pouvoirs antérieurs.

Au temps de l’école obligatoire, en plus de lire et écrire, le gendarme doit connaître les textes juridiques essentiels à sa mission pour expliquer le Loi qu’il fait appliquer. Il lui est interdit de participer à toute  activité politique, cultuelle ou associative. Redouté parce qu’il représente la force publique, il est dans le même temps la cible favorite des illustrateurs de presse. De 1875 à 1900, la crise économique qui sévit mécontente les paysans et génère le développement d’un syndicalisme clandestin et la renaissance des mouvements révolutionnaires. Le gendarme est « envoyé aux grèves », mal équipé, mal logé, mal payé et, en même temps, conscient du bienfondé de certaines revendications des travailleurs qu’il réprime.

De 1880 à 1891, la Gendarmerie doit constamment réprimer des grèves de mineurs, l’efficacité des éléments à cheval pour disperser les attroupements étant avérée. Peu à peu, le mouvement syndical s’organise et réclame la réduction de la journée de travail dans les fabriques à huit heures au lieu de douze. En 1891, la répression dans le sang de manifestations ouvrières émeut l’opinion. Les anarchistes se déchaînent et assassinent le Président de la République. Les grèves et la répression continuent. Quand il n’est pas aux grèves, le gendarme pourchasse contrebandiers, braconniers, trafiquants d’alcools, chasseurs en infraction et vagabonds. Le pouvoir impose le carnet d’identité au vagabond. Avec le temps, dans les villages, ceux qui recherchent aide et protection prennent le chemin de la brigade.

Le métier de gendarme expose aux intempéries et aux efforts physiques. La vie en caserne favorise la contagion par manque d’hygiène et de confort. En 1890, son espérance de vie se situe entre 45 et 50 ans, âge auquel le gendarme succombe généralement à la tuberculose ou à la pneumonie.

En 1898, quelques brigades sont dotées d’un nouvel engin, la bicyclette, qui facilite les tournées quotidiennes sur le terrain.

En 1900, la Gendarmerie compte 25.000 hommes, soit 1 gendarme pour 15.000 habitants, dans une France dont la majorité de la population vit toujours à la campagne. Le gendarme qui défilait sabre au clair dans les fêtes religieuses des Empires et Restauration, participe aux expulsions de religieux. En 1905, sous les huées de la population, la Gendarmerie prête mainforte pour dresser les inventaires des objets de culte. Jusqu’en 1910, la Gendarmerie reste au premier plan des combats contre les ouvriers grévistes. A partir de 1913, avec la guerre qui menace, elle participe aux exercices de mobilisation.

En résumé, au cours du XIXè siècle, le soldat de la loi, guerrier impérieux, parachuté dans la société rurale, cède la place vers 1850 à un militaire professionnel, procédurier, discipliné et prudent. Le gendarme républicain est imprégné d’une culture d’obéissance et d’une éthique de responsabilité. Positionné entre la population et le pouvoir central, le gendarme se transforme à l’unisson de la société qui voit les campagnes se moderniser, les villes s’étendre, l’Etat se renforcer en se démocratisant alors que se développe le sentiment national.

En 1914, la France compte 27.000 gendarmes (23.220 à la Départementale). 2.000 combattent en première ligne et 1.200 sont tués au combat. Pendant la Guerre, l’institution poursuit la police des armées sur le front et le maintien de l’ordre à l’arrière. Sur le front, 18.000 gendarmes maintiennent l’ordre, préviennent et répriment les pillages et l’alcoolisme, recherchent les déserteurs… A l’arrière, la Gendarmerie surveille les suspects et les prisonniers de guerre, chassent les insoumis et les déserteurs et informe les familles du décès des soldats. A partir de 1917, les grèves s’intensifient même chez les travailleurs mobilisés. Elles sont particulièrement suivies à Bessèges, dans le Gard, dans les usines et mines fournissant la Défense Nationale employant des femmes et des hommes âgés. Clémenceau fait casser la grève par la Gendarmerie.

En 1920, les cheminots arrêtent le travail et appellent à la grève générale. Les licenciements se multiplient. En 1921, la Gendarmerie (puis Garde) mobile est chargée des mouvements de foule pour qu’on n’appelle plus l’armée à cette fin. De nouveaux pelotons de Gendarmerie sont installés dont l’un à Alès. Des voitures et des téléphones sont alloués aux unités luttant contre le grand banditisme et les chauffards. Des écoles de formation voient le jour. En 1932, la Gendarmerie compte 25.000 hommes dont 2.000 cadres. En 1933, des émeutes opposent extrême droite et extrême gauche.

En 1939, la Gendarmerie compte 26.000 hommes répartis en 4.800 brigades. Après avoir assuré la mobilisation, ils encadrent les unités combattantes. Après l’armistice,  leurs effectifs sont réduits à 3.000 hommes. En zone occupée, le gouvernement de Vichy laisse la Gendarmerie sous l’autorité et le contrôle allemand. Les gendarmes doivent traquer et arrêter les réfractaires au STO, les résistants, les Juifs, les évadés et réprimer le marché noir. Si beaucoup collaborent avec l’occupant, de nombreux gendarmes soutiennent la Résistance. Après juin 1944, grâce à leur bonne connaissance du terrain et des forces en présence, plusieurs brigades de Gendarmerie participent à la reconquête du pays aux côtés des troupes alliées débarquées en Provence. La Direction de la Gendarmerie est immédiatement en remise place.

Après la guerre, la Gendarmerie participe aux guerres d’indépendance dans les colonies où elle encadre les unités combattantes. Puis, le développement d’activités nouvelles amène la création de nouveaux services (Gendarmerie de l’air, maritime…) pour combattre de nouvelles formes de crimes. Commencée timidement dans les années vingt, la motorisation des brigades s’accélère car la circulation routière s’est amplement accrue, les infractions, accidents et procès-verbaux itou.

En 1998, la Gendarmerie est forte de plus de 100.000 hommes et femmes assurant les missions de prévention, d’enquête et d’assistance dont 57.000 hommes répartis en 3.600 brigades, pour la Gendarmerie départementale et plusieurs services spécialisés (Gendarmerie mobile, GIGN…). Le déploiement des effectifs de gendarmes sur le territoire est régulièrement revu. Ainsi, au grand regret des populations, certaines brigades de Gendarmerie comme celle du Martinet sont-elles supprimées pour que leur effectif aille conforter d’autres équipes en charge du maintien de l’ordre ailleurs.

Sources écrites :

  • Les gendarmes  – Pierre MIQUEL – Olivier Orban – Paris, 1990
  • Gendarmerie Nationale – François BERTIN – Editions Ouest-France – Rennes, 1998

 

 

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