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Poste et Télécommunications

Rédaction  :  Edmée Fache

LA  POSTE

Dans les premières années de son règle, l’empereur Auguste développe en Gaule un service de transmission rapide des messages administratifs qui amène à Rome des nouvelles des territoires éloignés. Ce service utilise les voies de communication importantes qui ont été équipées de relais tenant des chevaux frais à disposition des messagers. Après la chute de l’empire au Ve siècle, les la poste romaine disparaît peu à peu au profit d’une multitude de petites organisations, non reliées entre elles à l’image de l’émiettement du pouvoir et de l’économie. Les messagers ordinaires vont à pied, les rois et les puissants utilisent des chevaucheurs.

Aux VIIIe et IXe siècles, la dynastie des carolingiens reconstruit un pouvoir central. Les chemins sont réhabilités et leur entretien et leur sécurité échoient aux seigneurs féodaux pour la traversée de leurs terres moyennant des droits de péage. Si elle est soumise à redevance, l’utilisation du chemin reste donc libre mais quand le produit des péages est détourné ou insuffisant, les chemins se détériorent. C’est notamment le cas du Chemin de Regordane qui passe à Portes et l’Affenadou, à la naissance de la Vallée de l’Auzonnet.

Un système de messageries administratives est réorganisé sur le modèle romain. Quelques femmes exercent cette profession périlleuse, notamment en ville. Souvent attaqués par les maraudeurs, les messagers peuvent être arrêtés en cas de guerre ; les messages qu’ils portent sont saisis ou détruits. Les messagers sont payés à la course ou à la journée par l’expéditeur des messages ; ils reçoivent une gratification du destinataire. Ils sont assermentés. Récompensés pour leur zèle, ils sont également lourdement punis pour leurs fautes. Faute de relais structurés sur les chemins qu’ils empruntent, les messagers sont très lents.

Le développement des grands ordres monastiques (bénédictins, cisterciens…) et la dispersion de leurs institutions les amènent à créer un corps de moines-messagers pour entretenir des relations spirituelles et administratives suivies. Au XIIIe siècle, se crée la poste de l’Université de Paris pour permettre aux étudiants et aux professeurs de garder contact avec leurs familles à travers la France. Fin des années 1300, chaque diocèse doit être desservi par un messager d’université qui très vite se charge aussi du transport des dossiers de procédure. A l’origine, un messager d’université est un professeur qui achète la charge assortie de nombreux avantages (rémunération garantie, exemption d’impôts, dispense de corvées…). Vers 1425, les chevaucheurs du roi commencent à transporter officieusement quelques lettres confiées par d’autres expéditeurs. En moins de 200 ans, cette pratique se généralisera.

Dès le XVIe siècle, les grands états européens organisent le transport rapide de l’information. L’essor de la poste d’état favorise les échanges administratifs et commerciaux, plus tard le courrier entre particuliers. La poste aux chevaux se divise en deux corps distincts : les cavaliers chargés du transport des messages et le personnel des relais de poste créés tous les 30 kilomètres à l’image des relais de la poste romaine. Les chevaucheurs parcourent désormais 90 à 120 km par jour. Le service postal continue de s’améliorer, malgré les difficultés, les guerres et les crises.

Le transport des missives privées par les chevaucheurs (du roi) est officialisé au début des années 1600 : c’est la poste aux lettres qui organise des guichets ouverts aux usagers dans les grandes villes. Le tarif de  transport du courrier fixé par l’Etat est proportionnel à la distance et au poids du pli. Louis XIV étend son pouvoir sur la Poste pour des raisons politiques (contrôle du contenu du courrier) mais surtout financières car la Poste est très rentable ; les fermiers généraux la prennent en bail. Toutefois, le volume du courrier reste faible jusqu’aux années 1750 : 900 bureaux de postes fonctionnent en 1759. A Paris, 12.000 lettres sont traitées chaque jour dont 10% sont destinées à des particuliers.

A la Révolution, les Postes deviennent un service public exploité  directement par l’Etat. Le secret de la correspondance est désormais réputé inviolable. Dans les campagnes, 75% des cantons sont dépourvus de bureaux de postes. Pour diffuser les nombreux documents produits par le pouvoir et l’administration publique, 120 nouvelles malles-poste sont construites et des messagers piétons sont recrutés en nombre dans tout le pays. Par économie, les passagers sont admis en 1793 à bord des malles-poste. Ces voitures inconfortables sont souvent attaquées par des malfaiteurs. De plus, les relais manquent souvent de fourrage et d’avoine pour les chevaux.

Les guerres de la Révolution et de l’Empire vont redonner vie à la poste aux armées. Une reconnaissance de dettes voit le jour pour l’envoi de fonds par la poste aux soldats en campagne, c’est l’ancêtre du mandat postal.

A la Restauration, la Poste est modernisée sur le modèle anglais à Paris et dans les grandes villes ; les 35.500 communes rurales (où résident 75% de la population française) restent à l’écart du mouvement. Pour remédier à ce déséquilibre, une enquête nationale diligentée en 1828 estime le nombre de boîtes de collecte du courrier à installer dans les communes et le nombre de facteurs à recruter pour lever ces boîtes et distribuer à domicile le courrier arrivé. Afin de réduire les délais d’acheminement du courrier, un timbre à date mentionne désormais sur chaque pli ou paquet la date de départ et celle d’arrivée à destination du courrier.

5.000 facteurs sont recrutés en 1830 parmi les messagers privés ou les anciens militaires. Les facteurs visitent les communes un jour sur deux, avec une tournée longue de 22 kilomètres en moyenne. Deux ans plus tard, le service devient journalier. De 1837 à 1843, de nouvelles malles-poste plus confortables et plus rapides sont mises en service. Vers 1840, le chemin de fer et le bateau à vapeur révolutionnent le transport du courrier. Des wagons postaux sont spécialement aménagés pour permettre le tri des plis pendant le voyage. En 1849, une taxe unique très faible pour l’acheminement du courrier démocratise la poste : c’est le timbre-poste.

Avec le siège de Paris, est inauguré en 1870 le premier transport aérien de courrier par ballons et pigeons voyageurs ;  l’avion induira la création de la poste aérienne à partir de 1920. La IIIe République réforme la Poste et lui rattache le Service du télégraphe. En 1881, est instituée la Caisse d’Epargne publique chargée, grâce à ses 6.000 bureaux « d’aller chercher l’épargne de l’ouvrier et du paysan jusque dans les hameaux plus reculés». Elle rencontre un succès non démenti par les décennies suivantes. La charge de travail et la faible rémunération amènent les postiers à des mouvements de grève.

La guerre de 1914 envoie au front un grand nombre de postiers et les femmes assurent leur relève jusqu’à la fin des hostilités ; certaines demeurent en place après 1918. La crise économique de 1929 ralentit le développement de l’institution confortée par la création du service bancaire des chèques-postaux. La gestion manuelle des opérations financières sera automatisée à partir de 1928 puis informatisée dans les années 60. Un service automobile de desserte postale des campagnes est créé en 1929, pour rompre l’isolement des campagnes en apportant aux facteurs à pied et à vélo le courrier à distribuer au point de départ de leur tournée. Les autobus de la Poste omnibus rurale succèdent à l’antique malle-poste. En 1950, la Poste motorise une partie de ses facteurs ruraux.

La poste dans la vallée de l’Auzonnet :

Jusqu’en 1870, le courrier et les journaux – tous les deux forts rares- sont apportés dans la Vallée de l’Auzonnet et distribués à pied par le « porteur », un facteur venant de Saint-Ambroix. Sa tournée compte 25 à 30 km de marche sur de mauvais chemins. Un seul journal (Le Messager) est alors régulièrement diffusé dans la vallée, la feuille « passant entre les mains des quelques habitants sachant lire » d’après l’Abbé Albouy.

En 1880, est ouvert à Saint-Florent le premier bureau de poste dans la maison de Léopold Dugas, sur la route de la Montée du Village. Géré par un facteur, ce bureau de poste est rapidement transféré sur la Place de la Mairie, dans l’Oustally où il demeure jusqu’en 1995 avant de s’installer au rez-de-chaussée du bâtiment rénové de la Mairie.

A noter qu’à Saint-Jean de Valériscle, le premier bureau de postes s’ouvre en 1895.

Sources écrites :

  • Quelle belle invention que la poste – Paul Charbon – Gallimard – 1991
  • Le Martinet et la vallée de l’Auzonnet à travers les âges – Alphonse ALBOUY – Editions Notre-Dame – Nîmes, 1957

La Poste

Equip.Collect.

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Sibet, facteur de Brouzet

« C’était l’époque héroïque où venu de Brouzet via Navacelles, et montant jusqu’au Puech, le facteur faisait sa tournée un peu à vélo et beaucoup à pied, plus chargé de nouvelles des villages et des mas de la région que de courrier. […]

L’été, à l’ombre d’un des rares chênes que l’on devinait de loin dans la nudité éblouissante de l’adret de serre, il s’accordait une pause à mi-chemin, s’asseyant sur un bloc de pierre sans doute dévalé depuis des lunes de l’oppidum de Saint-Peile. Et pour donner tout son poids à cet instant arraché à la morsure du soleil, il roulait longuement une cigarette.

Son regard ourlé de bleu allait et venait, couvant d’abord le bout de ses doigts qui tassaient le tabac dans la blancheur de son feuillet Job, puis, beaucoup plus loin, la découpe des falaises qui se hissent jusqu’au Guidon de Bouquet, là où dans un renfoncement se fondent les ruines du Castellas anéanties en roches, tandis que plus haut, sur les serres de Seynette du Clergue, les rochers se déployaient en remparts.

Mais les yeux du Sibet, que contemplaient-ils exactement ? Ce paysage qui disait sa souffrance, il ne le connaissait que trop !»

Alain BOURAS – Le sauvage de Plan perdu, une passion de Chanterelles  in Le Mont Bouquet, pages d’histoire – Alès, 2003

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